Sommet pour le climat – Nicolas Hulot: «La Chine a pris un virage historique!»

 

«En l’état, l’objectif des 2 degrés ne pourra être pas atteint. Les pays doivent élever leur niveau d’ambition en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES)» pour limiter le réchauffement planétaire. Nicolas Hulot, 60 ans, présentait à Paris son «thermomètre des engagements». Soit un résumé à destination du grand public des négociations en cours. Envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète et président de la Fondation «Nicolas Hulot pour la nature et l’homme», l’homme aux multiples casquettes (journaliste, politicien, écrivain) s’engage à fond pour que le succès de la COP21, la Conférence des Nations Unies sur le climat, qui se tiendra à Paris dans 144 jours.

Pour rappel, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a fixé comme objectif de parvenir à un accord sur les mesures à prendre d’ici 2030, partagé par les 196 pays membres de l’ONU, afin de maintenir le climat en dessous des 2 degrés Celsius de réchauffement. Pour Nicolas Hulot, d’après les engagements des 45 pays déjà enregistrés au 9 juillet, le compte n’y est pas. Mais il positive: «Une dynamique s’est mise en route.»

Copenhague était déjà un sommet de la dernière chance. Qu’est-ce qui a changé depuis lors et qui permet d’envisager le Sommet de Paris sous un jour meilleur ?
– Aujourd’hui, les deux principaux émetteurs que sont les Etats-Unis et la Chine sont directement concernés par les conséquences des changements climatiques. Pas de la même manière ! La Chine est concernée par la pollution atmosphérique. Aux Etats-Unis, on voit maintenant en Californie que le vol des eaux de piscine apparaît comme un nouveau marqueur de criminalité. C’est la démonstration que le changement climatique les concerne.

Pourquoi l’objectif des 2 °C est-il si important?
– Tous les scénarios, que plus personne ne conteste, montrent qu’au-delà de 2° de réchauffement nous rentrerions dans des phénomènes irréversibles. Les conséquences n’épargneraient aucune nation ni aucun Etat. Probablement avec des échéances différentes, mais chacun a intégré le fait que ce serait un grave préjudice pour la communauté internationale. Il frapperait tout d’abord les pays pauvres mais affecterait aussi en profondeur nos économies et pourrait mettre en péril nos démocraties.

Le Sommet de Paris est-il déjà joué et perdu d’avance?
– Au contraire! A défaut d’être optimiste, je veux être positif. Puisque le scénario est inédit: nous avons 195 Etats (quelles que soient leur taille et leur contribution) qui s’engagent – chacun – dans un effort de limitation. Quoi qu’il advienne à Paris, il y aura le démarrage d’une dynamique mondiale qui devra s’amplifier. Car au-delà des engagements, il y a les outils et les moyens dont les Etats vont se doter, qui sont importants. A ce point, l’exemple de la Chine est à saluer.

Pourquoi la Chine?
– Quand on commencera à changer d’échelle, il ne pourra y avoir que des effets d’entraînement. L’expérience chinoise en est la démonstration. La Chine a dépassé un certain nombre d’objectifs des engagements qu’elle s’était fixé pour 2020. Notamment dans le développement des énergies renouvelables. Elle est, depuis 2009, le premier producteur mondial d’éolien. C’est pour dire qu’une fois les objectifs, les investissements, les moyens et les outils réunis, cela va très vite.

Mais la contribution chinoise n’est pas dans la cible des 2°C!
– La contribution de la Chine se constitue de quatre engagements: arriver à son pic d’émission de GES au plus tard en 2030 et parvenir, entre autres, à 20% de renouvelables dans son mix énergétique. On est très attentif à la Chine, parce qu’elle a multiplié par quatre ses émissions depuis 1990. Et avec les Etats-Unis, elle représente 40% des émissions mondiales. Deux lectures de sa contribution sont possibles. La première: ils ne sont pas encore dans la trajectoire des 2°C. L’autre: la Chine a pris un virage historique. Vu sa capacité d’action, elle pourrait très rapidement, si elle le souhaite, prendre le leadership mondial sur le climat. Cette dynamique ne laissera pas insensibles d’autres grands Etats.

Autant que sur la vertu, vous tablez aussi sur la course au leadership technologique…
– Dans les rues des grandes villes chinoises, il est surprenant de voir le nombre de scooters électriques qui circulent. Il y a forcément une émulation sur les technologies. C’est dans le centre de recherche d’Abu Dhabi (ndlr: aux Emirats arabes unis) que sont mises au point les batteries pour le stockage des énergies intermittentes. Les choses vont très vite. Ces pays savent qu’ils doivent se positionner sur ce marché qui arrive: celui des énergies renouvelables. Car la question n’est plus celle du pour ou contre les énergies fossiles, la question est celle de la date du basculement. C’est le quand.

(24 heures)