Accord entre la zone euro et la Grèce, au prix de lourds sacrifices

 

Les Européens ont conclu lundi 13 juillet au petit matin un accord pour négocier un troisième plan d’aide à la Grèce, la gardant ainsi dans le giron de l’euro, mais au prix de très lourds sacrifices pour ce pays exsangue qui aura besoin d’un nouveau soutien financier. «Le Grexit a disparu», a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à l’annonce de cet accord arraché de haute lutte, après 17 heures de négociations, qui évite une sortie de la Grèce de la zone euro.

Pour y parvenir, les chefs d’Etat ou de gouvernement des 19 pays ayant adopté la monnaie unique ont dû surmonter de profondes divisions dans leurs rangs, et renouer un dialogue brisé avec Athènes.

Un accord «difficile» pour Tsipras

Le Premier ministre Alexis Tsipras réclamait un accord in extremis pour sauver les banques grecques, à cours de liquidités, et éviter un effondrement financier de son pays. Lundi, il a salué un «accord difficile», mais qui pour lui garantit la «relance» de l’économie grecque.

Dans l’urgence, la zone euro, dont les ministres des Finances se réunissent de nouveau lundi, va devoir trouver les moyens d’assurer un «pont» financier pour répondre aux besoins à court terme de la Grèce, soit 12 milliards d’euros d’ici à la mi-août.

La BCE maintient ses prêts d’urgence

Au total, le plan de sauvetage, le troisième pour la Grèce depuis 2010, est évalué à 82 à 86 milliards d’euros. Ce pays ne survit pour le moment que grâce aux liquidités injectées par la Banque centrale européenne.

Celle-ci maintient au niveau actuel ses prêts d’urgence (ELA) en faveur des banques grecques, a annoncé un porte-parole de l’institution. Le plafond de ces prêts a été maintenu «inchangé», a déclaré un porte-parole de la BCE. Depuis le 26 juin, les prêts ELA, qui constituent la dernière source de financement des banques grecques, sont plafonnés à près de 89 milliards d’euros.

Face au risque d’échec des négociations entre le gouvernement grec et ses partenaires, la BCE avait décidé le 6 juillet de maintenir ces crédit d’urgence au même niveau, tout en durcissant les conditions d’octroi pour tenir compte de la dégradation de la situation en Grèce.

«Un accord laborieux»

Devant la presse, Jean-Claude Juncker a reconnu que parvenir à un tel accord avait été «laborieux», espérant que des négociations pourraient s’ouvrir «en fin de semaine» afin de le concrétiser.

D’ici là, le Parlement grec aura dû voter, au plus tard mercredi, les réformes, sévères et très impopulaires, réclamées par les créanciers, Union européenne et FMI, en échange de ce sauvetage.

Il s’agit notamment d’une hausse de la TVA, d’une réforme du système de retraites et du marché du travail, de privatisations et d’un mécanisme devant assurer l’indépendance de l’office des statistiques.

Les parlements de plusieurs pays, dont le Bundestag allemand, devront eux aussi se prononcer dans la semaine. «Quand ils auront fait cela, nous aurons alors une décision plus officielle» pour entamer les négociations, a souligné le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Beaucoup reste à faire

Mais si une étape majeure a été franchie après six mois de négociations tumultueuses entre le gouvernement de gauche radicale d’Alexis Tsipras et ses partenaires européens, beaucoup reste à faire pour relancer l’économie grecque.

La chancelière Angela Merkel, inflexible vis-à-vis d’Athènes tout au long des discussions, a prévenu que la voie serait «longue» et «difficile» avant que la Grèce ne renoue avec la croissance. Le président français François Hollande, l’un des plus souples, a quant à lui salué le choix «courageux» d’Alexis Tsipras.

Depuis dimanche, les chefs d’Etat ou de gouvernement avaient négocié sans relâche dans ce marathon qui a fait apparaître au grand jour la fracture au sein du couple franco-allemand.

Lundi à l’aube, un compromis s’était dessiné, mais pas suffisant pour que le gouvernement grec plie, tandis que des milliers de tweets l’appelaient, sous le hashtag «Thisisacoup» (C’est un coup d’Etat), à résister aux «diktats» des créanciers.

Fonds de 50 milliards

La Grèce a finalement cédé sur l’un des principaux points de blocage, la création d’un fonds regroupant des actifs grecs à hauteur de 50 milliards d’euros pour garantir les privatisations promises. Le fonds sera installé à Athènes et servira à recapitaliser les banques, au désendettement, mais aussi à des investissements.

Le texte final ne prévoit pas d’abandon provisoire par la Grèce de la monnaie unique, contrairement à ce qui était évoqué noir sur blanc dimanche dans un projet des ministres des Finances de la zone euro qui avait relancé l’hypothèse du Grexit, redouté par l’ensemble des dirigeants européens.

Mais le gouvernement Tsipras aura fort à faire pour amadouer son opinion publique, à laquelle il avait promis de rompre avec l’austérité et les «diktats» des bailleurs de fonds.

Avec un pistolet sur la tempe, toi aussi tu serais d’accord

Or, les réformes à présent réclamées par les créanciers sont encore plus strictes que celles qui ont été rejetées massivement par 61% des électeurs au référendum du 5 juillet.

Pour se garder une marge de manoeuvre, le Premier ministre a dû se rapprocher de l’opposition, au prix de dissensions internes à son parti Syriza, ce qui laisse craindre une nouvelle crise politique.

«Avec un pistolet sur la tempe, toi aussi tu serais d’accord», a lâché, pour expliquer les concessions, une source gouvernementale grecque.

Contrôle des capitaux

Les heures étaient de fait comptées pour la Grèce, soumise à un contrôle des capitaux et dont les banques sont fermées depuis le 29 juin. Mais pour beaucoup de Grecs, contraints désormais à vivre avec les 60 euros quotidiens qu’ils peuvent retirer dans les distributeurs, ce dénouement avait un goût amer.

«Une misère, une humiliation, un esclavage», commentait ainsi Haralambos Rouliskos, un économiste athénien âgé de 60 ans. «Je n’approuve pas cet accord. Ils essaient de nous faire du chantage», confiait Katerina Katsaba, une femme de 52 ans qui travaille pour une compagnie pharmaceutique. Avant d’ajouter, résignée : «J’ai confiance dans le Premier ministre. Les décisions qu’il prendra iront dans le sens de nos intérêts à tous». (cht/ats/Newsnet)