Grèce: A Athènes, le plan validé vaut un remaniement ministériel

 

«C’est la minute la plus humiliante de ma vie depuis celle où je me suis fait pipi dessus en cours élémentaire», a commenté avec un humour amer Giorgos Kyritsis, le tout nouveau député de Syriza (qui a pris la place d’un autre, démissionnaire). «Mon premier mot comme député aura été ce «oui» auquel je ne crois pas, un «oui» à une politique de rigueur. J’en suis malade. Car au même moment, notre gouvernement lançait des gaz lacrymogènes sur la jeunesse qui lui avait offert ce magnifique «non» il y a dix jours.» Pourquoi a-t-il avalé cette couleuvre? «Je l’ai fait uniquement pour que la chute de ce gouvernement ne signe pas la fin comme une alternative crédible, de la gauche ici et en Europe.» Mais pessimiste, il constate: «Les hommes de gauche sont capables de résister à la torture et à l’exil, et de lutter pour la justice et la solidarité, mais ils ont plus de mal à gouverner.»

C’est ce choix désabusé que vivent les Grecs, en ce lendemain de vote passé avec 229 voix (parmi lesquelles celles de l’opposition) et la défection de 39 députés du parti gouvernemental. Même le premier ministre, Alexis Tsipras, sait que cet accord ne sera pas viable, mais il voudrait y croire encore. Il est en tout cas largement soutenu par 68,1% de Grecs qui espèrent qu’il restera à son poste – même si le gouvernement doit être remanié.

Pour Georges Delastic, éditorialiste au journal de centre droit Ethnos (Nation), ce leadership paradoxal d’un jeune quadragénaire s’explique par le courage et la sincérité unanimement appréciés du personnage, mais aussi par le rejet irrévocable des précédents gouvernants. «Alexis Tsipras reste l’homme politique le plus populaire. A des années-lumière de ses adversaires (58% d’opinions positives). Les Grecs ne veulent pas voir se briser l’alliance avec les souverainistes antirigueur, avec l’entrée du journaliste Stavros Theodorakis, du tout jeune parti Potami, ouvertement soutenu par les Européens.»

Le chef du gouvernement grec le prédisait dès le 20 juin dernier. «Nous sommes au milieu de turbulences, mais comme nous sommes des gens de la mer, nous n’avons pas peur de fendre des flots inconnus pour arriver à un nouveau port, sûr.» Même si, pour cela, il faut se séparer de ses compagnons de combat, les ministres de l’aile gauche qui ont voté «non», ainsi que de sa virulente présidente du parlement, Zoé Konstantopoulou.

Un remaniement ministériel est prévu ce vendredi. Peut-être avec des personnalités d’ouverture. Et après un été plus calme, et une saison touristique qui semble reprendre des couleurs, tout porte à croire que des élections anticipées auront lieu à la rentrée, vraisemblablement le 13 septembre. Le ministre de l’Intérieur, Nikos Voutsis, l’a prédit lors d’un entretien sur une radio proche de Syriza, le parti au pouvoir. (TDG)