Après les attentats, Les touristes ont déserté les plages d’Hammamet

 

En ce dimanche de mi-juillet, les plages d’Hammamet semblent bien vides. «Et encore, aujourd’hui, les Tunisiens sont là pour profiter de la mer. Sinon ce serait vraiment désert», affirme Bénédicte, une des rares touristes. La célèbre station balnéaire, située à 66?kilomètres au sud-est de Tunis, subit de plein fouet les conséquences des attentats du Bardo, le 18 mars, et de Sousse, le 26 juin.

«En semaine, il n’y a personne. C’est triste pour la Tunisie», poursuit la Française, avant d’ajouter que «ça a un avantage car on ne se bat pas pour les transats ou à la piscine. Ce n’est pas bondé, on en profite davantage.» Avec son amie Nelly, elle correspond au profil type des touristes européens qui ont fait le choix de venir en Tunisie malgré les attentats. Elles connaissent bien le pays et font preuve d’une certaine fatalité. «Cela peut arriver partout. On l’a vu le 26 juin avec les attentats en France, au Koweït.»

Si les deux femmes avouent avoir un peu hésité, elles ne regrettent finalement pas leur décision. «Nous passons des vacances tout à fait normales. On se sent en sécurité. On sort le soir», s’exclame Nelly.

«La boule au ventre»

Il faut dire que le gouvernement tunisien a renforcé la surveillance. Chaque hôtel s’est vu affecter quatre policiers, deux à l’entrée, deux sur la plage. Si les agents, dorénavant armés de pistolets et fusils automatiques, passent du temps à l’ombre sous les parasols ou au téléphone, leur présence rassure à peu près les touristes.

Hatem Kechine, gérant du café Tilar Hout et de l’hôtel Résidence d’Hammamet, n’est pourtant pas dupe. «La police ne change rien. Si des terroristes veulent attaquer, ils le peuvent. C’est toute l’organisation du pays qu’il faut revoir.»

Sur les 180 chambres de son établissement, seulement une dizaine sont actuellement occupées. La Mairie d’Hammamet estime que l’attentat de Sousse, qui a coûté la vie à 38 touristes étrangers, a provoqué 60% d’annulations des réservations. «Normalement, à cette époque, Hammamet est rempli de touristes», se lamente le maire par intérim, Raouf Jebnoun. Une dizaine des 105 hôtels de la ville sont actuellement fermés.

Hatem Kechine ne se fait guère d’illusions. «Je pense que d’ici à la fin de la saison, la moitié des hôtels fermeront», explique le patron, tout en ajoutant: «Je comprends les touristes. Quand on s’offre deux semaines de vacances après une année de travail, ce n’est pas pour avoir la boule au ventre. A leur place, je ferais pareil, j’irais ailleurs.»

«Notre dernier espoir»

Les gouvernements britannique, danois, irlandais et finlandais ont appelé leurs ressortissants à quitter la Tunisie et à éviter tout voyage non nécessaire. Des tour-opérateurs, comme Jetair et Thomas Cook, ont supprimé leurs offres vers le pays. Résultat, les Russes semblent aujourd’hui plus nombreux que les Européens.

Mais même chez les touristes qui viennent malgré tout, on sent une crainte, indique Haikel, un chauffeur de taxi. J’ai eu des clients qui voulaient faire un tour en dehors de leur hôtel. Leur agence de voyages leur a dit: «D’accord, mais ne sortez pas du taxi.» C’est ridicule!»

Dans la médina d’Hammamet, les rues autrefois bondées de touristes sont désespérément vides. Assis sur une chaise, Riadh Laribi, un commerçant désœuvré, dit ne plus voir qu’une petite dizaine d’étrangers par jour. «Avant, on avait des bus entiers. Le pire, c’est qu’on voit que les touristes ont peur de nous parler. Les femmes n’osent même pas nous dire bonjour.»

Pour ce père de famille, les journées sans vente s’enchaînent. Avec derrière lui quarante?années d’expérience, il dit n’avoir jamais vu pareille «catastrophe». Taher, un autre commerçant, compte sur les Algériens et les Tunisiens qui viendraient en vacances après le ramadan. «Ils ne sauveront pas la saison, mais ils sont notre dernier espoir pour ne pas tout perdre», explique le trentenaire, qui n’allume plus ni lumière ni climatisation dans sa boutique «pour économiser un peu». (TDG)