Royaume-Uni: La vidéo sur le passé nazi de la royauté n’étonne pas les historiens

 

Diffusées samedi par The Sun, les images de plusieurs membres de la famille royale britannique, et notamment d’une jeune Elizabeth (elle a 6 ou 7?ans), effectuant un salut nazi en 1933 ou 1934, secouent le Royaume-Uni. Dans l’imaginaire populaire, la reine reste perçue, avec son père le roi George VI, comme l’héroïne de la résistance britannique aux bombardements allemands de 1940. En diffusant ces images, le tabloïd a d’ailleurs précisé que «s’il n’y a clairement aucune suggestion que la reine ou même la reine mère ont jamais été des sympathisantes nazies, les liens d’Edouard avec Hitler et le fascisme ont été très bien documentés».

Pour Karina Urbach, chercheuse et auteur d’un livre sur les relations entre Hitler et certains aristocrates européens, «il faut saisir que l’attitude vis-à-vis du fascisme était déterminée par celle vis-à-vis du communisme. La famille royale haïssait les communistes, qui avaient tué une partie des leurs, et elle voyait alors le fascisme positivement.» Si le palais de Buckingham a interdit l’accès à ses archives privées, les archives officielles allemandes ont permis à la chercheuse d’en savoir bien plus sur les relations entre le régime nazi et la famille royale, dont le nom très germanique de Saxe-Cobourg et Gotha fut changé en Windsor en 1917. Elle a ainsi appris qu’Hitler utilisa plusieurs aristocrates allemands pour entrer en relation et influencer des membres de la famille royale, au premier rang desquels le futur roi Edouard. Convaincu du bien-fondé des idées fascistes, il expliqua en 1933: «C’est la seule chose à faire. Nous devrons y arriver, vu que nous sommes mis en grand danger par les communistes.»

Dès son accession au trône en janvier 1936 sous le nom d’Edouard VIII, les voyages des proches d’Hitler au palais de Buckingham se multiplièrent. Ce n’est guère une surprise si son soutien sans faille au chancelier allemand ne faiblit pas. Malgré son abdication onze mois plus tard, Edouard rencontra Hitler à Berlin en 1937 et posa avec lui en effectuant le salut nazi. Non sans avoir réussi à influencer toute sa famille. «Son frère, devenu roi, soutint ainsi de tout son poids la politique d’apaisement vis-à-vis de l’Allemagne», assure l’historienne. «Il fallut attendre la signature de l’accord germano-soviétique en août 1939 pour que les Windsor comprennent qu’ils avaient été bernés.» (TDG)