L’armée et les forces kurdes syriennes, alliées de circonstances face à un redoutable ennemi commun, ont porté un coup dur au groupe djihadiste Etat islamique (EI) en le chassant mardi 28 juillet de Hassaké, une ville clé du nord-est du pays en guerre.
Mercredi, le médiateur de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, doit s’adresser au Conseil de sécurité pour faire le bilan de ses consultations avec les acteurs du conflit en vue d’une éventuelle solution politique qui reste néanmoins très lointaine.
Le patron des opérations humanitaires de l’ONU Stephen O’Brien prévoit de son côté de se rendre en août à Damas pour, a-t-il dit devant le Conseil de sécurité, tenter d’obtenir du régime de Bachar el-Assad un meilleur accès humanitaire à la population en Syrie où 12,2 millions de personnes ont besoin d’assistance.
Défaites du groupe terroriste
Après des victoires retentissantes dans le sillage de sa montée en puissance en 2013, le groupe EI a perdu ces derniers mois au profit des forces kurdes des localités du nord et l’est syrien, échouant à agrandir son «califat» à cheval sur la Syrie et l’Irak, à l’exception de la prise de la cité antique de Palmyre, en mai.
Responsable d’atrocités, le groupe ultraradical sunnite s’est emparé de vastes régions en Syrie, dont la capitale provinciale de Raqa, la «capitale de son califat», et la quasi-totalité de celle de Deir Ezzor.
Il cherchait à prendre une troisième capitale provinciale, Hassaké, mais son offensive lancée le 25 juin, a fait long feu.
Après 33 jours de combats, les djihadistes «ont été chassés de Zouhour, dernier quartier où ils étaient présents à Hassaké», a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Le groupe EI a perdu 287 combattants dans les violences et les frappes menées dans les environs de Hassaké en appui aux forces kurdes, par la coalition internationale dirigée par Washington, d’après l’OSDH.
Enfants-soldats recrutés par le groupe terroriste
Parmi eux se trouvent 26 «enfants-soldats» recrutés par le groupe EI, a précisé l’ONG qui dispose d’un large réseau de sources à travers la Syrie ravagée par la guerre depuis mars 2011.
«Le groupe EI dépend de plus en plus sur les enfants pour les opérations suicide», a affirmé Rami Abdel Rahmane.
Dans le camp opposé, 120 soldats et miliciens ont péri, de même que des «dizaines de combattants» des Unités de protection du peuple kurde (YPG, principale milice kurde), selon l’ONG.
«Neutralité» kurde envers le régime
L’agence officielle SANA a confirmé que l’armée «a porté des coups durs aux terroristes à Zouhour» mais sans mentionner l’expulsion du groupe EI de la ville dont le contrôle est partagé entre régime et YPG.
Au début de son offensive à Hassaké, le groupe EI avait attaqué la partie contrôlée par le régime et les YPG se sont alliées à l’armée pour défendre la ville d’où 120’000 personnes ont fui selon l’OSDH.
Les forces kurdes ont adopté une position de «neutralité» envers le régime et la rébellion dans le conflit. L’armée avait quitté des casernes dans le nord et l’est, qui ont été prises ensuite par les kurdes.
Les forces du groupe EI ont reculé
Une victoire du groupe EI lui aurait permis d’élargir son «califat». Mais, depuis le début 2015, «nous n’avons pas vu de victoires majeures du groupe EI à l’exception de Palmyre. Depuis février, les forces du groupe EI ont reculé», a dit Rami Abdel Rahmane.
«Hassaké est une importante défaite car le groupe EI a perdu plusieurs chefs, notamment le wali (gouverneur)», a-t-il ajouté.
Un conflit extrêmement complexe
Cette série de revers s’explique par la perte de la ville frontalière de Tall Abyad, où passaient hommes et armes vers ou de Turquie, et par les raids quotidiens de la coalition contre leurs positions. De plus, le groupe EI a été la cible ces derniers jours de raids aériens turcs.
La guerre en Syrie -au départ des manifestations pacifiques contre le régime réprimées dans le sang en mars 2011-, est devenue un conflit complexe où s’affrontent armée, rebelles, djihadistes et Kurdes sur un territoire de plus en plus morcelé. Plus de 230’000 personnes y ont péri.
Dans le nord-ouest syrien, rebelles islamistes et combattants d’Al-Qaïda mènent depuis lundi une vaste offensive dans la région de Sahl el-Ghab à la lisière de la province côtière de Lattaquié, berceau du clan Assad, au pouvoir en Syrie depuis près d’un demi-siècle.
Ils ont capturé collines, barrages et autres positions de l’armée et avançaient dans Sahl el-Ghab, selon une ONG et des militants. (afp/Newsnet)



