Alors que la fête taurine bat son plein ces jours-ci en Espagne, avec son lot de lâchers de taureaux dans les rues et minicorridas de vachettes sur les places des villages, une sourde menace plane sur la tauromachie. La percée électorale en mai de la gauche alternative aux municipales et régionales risque en effet de changer à jamais le panorama taurin espagnol. Voire, pour les aficionados des «toros», de porter l’estocade à une coutume ibérique considérée comme un «bien culturel».
Plusieurs villes désormais gouvernées par les listes citoyennes de la gauche, telles que celles de Compromis à Valence, Ahora Madrid ou encore Marea Atlántica en Galice, ont l’intention de réduire ou même de supprimer les fêtes populaires où la souffrance de l’animal est perceptible. «La défense des animaux figure dans la charte idéologique de notre parti. Nous condamnons donc les mauvais traitements à leur encontre et nous n’allons pas les permettre dans nos municipalités», assure la militante de Compromis Raquel Tamarit, récemment élue maire de Sueca, une bourgade de la région de Valence.
C’est dans cette région, dont la coutume phare est le «taureau de feu» – l’animal est affublé de torches qui le brûlent – que l’offensive antitaurine est la plus forte. Alicante, Gandia mais aussi Valence ont déjà annoncé la suppression des subventions pour les écoles taurines et les «peñas», ces associations-bars où se retrouvent les aficionados. Ce qui revient à la mise à mort, au cours des prochaines années, de ces activités, qui ne peuvent survire sans les aides publiques.
A Alicante, mais aussi dans une douzaine d’autres municipalités, les nouveaux élus ont également décidé d’organiser des consultations populaires sur le maintien ou non des corridas. «Ces spectacles n’ont plus la popularité d’avant, très peu de gens apprécient aujourd’hui de voir un animal souffrir», assure Joan Ribo, le nouveau maire de Valence, qui vient de retirer la mention d’«intérêt culturel» qu’avait donnée au spectacle taurin l’ex-gouvernement conservateur de la ville.
Les derniers sondages de l’organisme Gallup donneraient raison aux partis de la gauche alternative: 91% des Espagnols n’éprouvent plus aucun intérêt pour les corridas. Plusieurs régions ont d’ailleurs déjà aboli ces fêtes. L’archipel des Canaries a interdit la corrida dès 2001 et la Catalogne, pour des raisons «antiespagnolistes», l’a fait en 2010. Sans compter que le nombre de spectateurs a drastiquement baissé dans les arènes, tout comme les retransmissions à la télévision publique, qui sont jugées trop violentes pour les enfants.
Toutefois, les défenseurs des spectacles taurins ne sont pas prêts à rendre les armes. «L’ignorance des «animalistes» est consternante. Outre le fait d’attaquer une de nos plus belles traditions, ils veulent en finir avec la race toro de Lidia, qui n’existerait plus s’il n’y avait plus de corridas», s’insurge Roberto Garcia Yuste, président de l’Association taurine de Madrid.
A Madrid, la Mecque de la tauromachie, l’inquiétude est grande sur les intentions de la nouvelle maire de Ahora Madrid, Manuela Carmena. L’ex-juge de gauche vient déjà de déclarer Madrid «ville amie des animaux». Elle vient aussi de renoncer à la tribune officielle de la Municipalité dans les fameuses arènes de Las Ventas. La nouvelle élue a également annoncé qu’elle souhaitait stopper les subventions à ce secteur. «Ces gauchistes veulent porter l’estocade à notre culture, car il s’agit d’une tradition espagnole défendue par une Espagne conservatrice, mais c’est ne rien avoir compris à notre art que d’agir ainsi», se lamente Roberto Garcia Yuste. (24 heures)



