Violences en Turquie: Ankara tremble pour son secteur touristique

Jusqu’ici relativement épargnée par les combats qui font rage dans le sud-est du pays entre les forces de sécurité turques et les membres du PKK (plus de 300 morts déjà), Istanbul est entrée elle aussi dans la spirale de la violence. Deux attentats, revendiqués par des mouvances d’extrême gauche et les rebelles kurdes, sont venus frapper le week-end dernier la très touristique métropole turque.

Après l’attentat de Suruç, attribué à l’Etat islamique, il y a trois semaines, Ankara s’inquiète désormais de voir ces violences perdurer, menaçant à la fois la sécurité du pays et la stabilité économique. Au premier rang des inquiétudes: le tourisme, véritable manne financière (2 millions d’emplois directs et indirects générés et 34 milliards de francs de revenus annuels). L’an passé, 42 millions d’étrangers sont ainsi venus en Turquie, faisant du pays la sixième destination touristique mondiale.

Un secteur lucratif pourtant sérieusement malmené par les violences sur le sol turc et par les affres de la guerre syrienne voisine – à laquelle Ankara n’est pas étrangère. Rien que pour les six premiers mois de l’année, les revenus touristiques ont chuté de près de 14% par rapport à 2014, rapporte l’Institut de statistiques de Turquie (TÜIK). Un manque à gagner chiffré à 1,2 milliard de francs. La paix régionale n’étant pas à l’ordre du jour, les professionnels du tourisme estiment que ces pertes pourraient atteindre 5 milliards d’ici à la fin de 2015, rapporte le site de la Deutsche Welle.

Un trou dans la trésorerie qui s’explique également en partie par la désertion de touristes russes, durement impactés par la crise économique – suite aux sanctions européennes – qui frappe leur pays depuis plusieurs mois. Résultat: 30% de fréquentation en moins sur les six premiers mois de l’année, comparé à 2014.

Le Ministère du tourisme turc s’alarme également de voir ses touristes européens bouder le pays (moins 22% de Français), refroidis par la peur du terrorisme et des attentats. Et pour cause, depuis Suruç, plusieurs pays occidentaux ont appelé leurs ressortissants à la plus grande vigilance durant leur séjour, déconseillant vivement les villes du sud et de l’est du pays (où se concentrent aujourd’hui la majorité des violences). Londres a d’ailleurs invité les Britanniques à éviter autant que possible les transports en commun, notamment à Istanbul.

Mais pas de quoi totalement inquiéter les milliers de touristes (7,5 millions par an), toujours aussi nombreux à se presser sur la célèbre artère piétonne stambouliote, l’Istiklal. Surtout pas Christian, lucide Anglais de 40 ans accompagné de sa femme et de ses deux enfants: «On ne se fait pas du tout de soucis, on a bien analysé la situation avant de partir; on a compris que les cibles de ces attaques sont les forces de sécurité, pas les touristes.»

Outre le défi sécuritaire, les professionnels du tourisme s’inquiètent également quant à la question des deux millions de réfugiés syriens, présents en Turquie. Durant l’été, bon nombre d’entre eux se rendent sur la – très touristique – côte égéenne, dans l’espoir de gagner illégalement les îles grecques voisines. En attendant le départ, des milliers d’entre eux vivotent tant bien que mal dans les parcs et les rues des villes balnéaires turques, sous le regard gêné des touristes, au grand dam des autorités locales qui craignent des répercussions financières pour leurs villes.

(24 heures.ch)