Chine: Délicates opérations pour contenir des tonnes de cyanure

Les autorités chinoises s’efforçaient ce lundi 17 août 2015 de contenir des centaines de tonnes de cyanure hautement toxique sur le site des explosions survenues à Tianjin, qui ont fait au moins 114 morts.

Les craintes de contamination persistent et les sinistrés évacués ont manifesté leur colère. «Environ 700 tonnes» de cyanure de sodium étaient stockées dans l’entrepôt d’où sont parties les puissantes déflagrations dans la nuit de mercredi à jeudi, a confirmé He Shushan, le vice-maire de Tianjin, métropole portuaire située à 140 km de Pékin.

Opérations de nettoyage de grande ampleur

Des opérations de nettoyage de grande ampleur, «très difficiles et délicates», ont été entreprises, a ajouté He Shushan lors d’une conférence de presse. Ces efforts étaient compliqués par la présence à proximité de quelque 18’000 conteneurs de fret maritime. De plus, les pluies annoncées pour la soirée risquaient de favoriser la propagation dans l’air de cyanure d’hydrogène.

De fait, le cyanure de sodium, qui se présente sous forme de poudre cristalline, libère sous certaines conditions du cyanure d’hydrogène. Ce «gaz hautement toxique asphyxiant» peut s’avérer «rapidement mortel», selon le Centre américain pour le contrôle des maladies.

Les équipes de secours ont construit des barrages de sable et de terre encadrant une zone de 100’000 m2 autour du site des déflagrations pour éviter toute fuite de polluants. Elles examinaient des montagnes de conteneurs épars et endommagés pour en retirer les matériaux toxiques, a ajouté He Shushan.

Cyanure dans la mer

Des tests d’eaux recueillies au plus près du lieu des explosions ont révélé dimanche des niveaux de cyanure 27,4 fois plus élevés que la normale, selon les officiels. Et du cyanure de sodium a été détecté jusqu’à 1 km de là, mais pas à l’extérieur de la «zone d’isolement» délimitée par les autorités, ont-ils affirmé. Des traces en ont également été décelées dans la mer près du port, selon l’agence Chine nouvelle.

Le groupe français Veolia, spécialiste de la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, a annoncé qu’il allait traiter une centaine de tonnes d’eaux usées à Tianjin. Des tests seront menés pour en déterminer la composition, le degré des risques et la nature des éventuels composants toxiques.

Des experts militaires des armes nucléaires, bactériologiques et chimiques ont été déployés, tout comme des spécialistes du cyanure de sodium. Le Parquet populaire suprême (PPS) a ouvert une enquête, selon Chine nouvelle. L’activité a repris ce week-end dans le port de Tianjin, a-t-on appris de sources industrielles.

Colère des riverains

Environ 150 sinistrés ont manifesté lundi leur colère lundi face au silence des autorités. La plupart munis d’un masque de protection, ils se sont réunis devant l’hôtel où les responsables municipaux tiennent leurs conférences de presse quotidiennes, exigeant dès à présent d’être indemnisés.

Leurs appartements se trouvaient à seulement 600 mètres du lieu des explosions. Désormais inhabitables, ils ont été soufflés par les déflagrations, qui ont fait voler en éclats les vitres de fenêtres jusqu’à trois kilomètres à la ronde.

Le bilan de la catastrophe, actualisé lundi, s’est alourdi à 114 morts, tandis que 70 personnes étaient portées disparues. Certaines peuvent néanmoins se trouver parmi la soixantaine de corps encore non identifiés, ont indiqué les autorités. Plus de 700 personnes avaient été hospitalisées.

Critique inhabituelle

De façon très inhabituelle, des médias officiels chinois ont dénoncé lundi la piètre communication des responsables municipaux et le manque de transparence du gouvernement local. «Pendant les premières dizaines d’heures, les autorités municipales n’ont fourni que de très maigres informations», déplorait ainsi le Global Times, quotidien étroitement lié au Parti communiste chinois (PCC).

Et de commenter: «Une réaction trop tardive donne libre cours aux plus folles rumeurs, et cela affaiblit la confiance générale dans les autorités.» Des critiques rares, alors que le régime verrouille l’information à chaque grand désastre et que la censure sur les événements de Tianjin continuait de battre son plein sur l’internet chinois. (ats/Newsnet)