Syrie: L’ONU condamne le carnage à Douma des raids du régime

«Le bombardement du gouvernement sur Douma hier a été dévastateur, les attaques de zones civiles avec le lancement à l’aveugle de bombes aériennes, telles que des bombes incendiaires, sont interdites par le droit international», a déclaré l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, dans un communiqué.

Ces bombes ont «frappé une foule de civils» rassemblés sur la place du marché et «tué presque une centaine d’entre eux» dans un endroit très fréquenté du centre de Douma, ville tenue par les insurgés depuis près de trois ans. Il «est inacceptable pour un gouvernement de tuer ses propres citoyens quelles que soient les circonstances», a-t-il ajouté.

Le carnage survient presque deux ans jour pour jour après l’attaque à l’arme chimique dans le même secteur le 21 août 2013. Attribuée au régime par les Occidentaux et l’opposition, elle avait fait des centaines de morts.

«Pas de solution militaire»

Selon M. de Mistura, l’attaque de dimanche fait suite à attaque de Damas la semaine dernière par des groupes armés de l’opposition, ainsi qu’à la coupure de l’approvisionnement en eau, des mesures qui affectent les civils et qui sont aussi inacceptables.

«L’accès humanitaire doit être assuré sans conditions, et les tueries doivent cesser, ce conflit ne se résoudra pas de manière militaire, comme cela a été prouvé ces dernières années», a encore indiqué M. de Mistura.

«Le bilan est monté à 96 morts», en grande majorité des civils dont des femmes et des enfants, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le nombre de morts risque d’augmenter en raison de l’état critique de nombreux blessés. Au moins 240 personnes ont été blessées d’après cette ONG qui dispose d’un large réseau de sources à travers la Syrie.

Le raid aérien a été confirmé de source militaire syrienne, mais pas sa cible. L’aviation, a-t-on ajouté de même source dimanche, a frappé des centres de commandement d’un groupe rebelle et non pas un marché.

Habitants affolés

Lundi, quelques heures après ce que l’opposition en exil a qualifié de «massacre», les avions du régime ont encore frappé à quatre reprises la ville meurtrie. L’aviation est la principale arme du régime contre les insurgés.

Après les raids, un photographe de l’AFP sur place a vu des habitants affolés transportant dans un hôpital de fortune un grand nombre de blessés. Faute de place, des dizaines de cadavres étaient alignés sur un sol maculé de sang et à l’extérieur de l’hôpital. De nombreux enfants couverts de sang criaient et pleuraient.

«Horrifié et atterré»

En visite à Damas au moment des frappes, le patron des affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, s’est dit «horrifié par l’absence totale de respect de la vie des civils dans ce conflit», lors d’une conférence de presse lundi. Le responsable, qui effectuait sa première visite en Syrie, s’est dit «particulièrement atterré» par le bilan à Douma.

M. O’Brien se trouvait à Damas pour évaluer les besoins humanitaires de la Syrie, pays qui compte au moins 7,6 millions de déplacés sur son territoire et 422’000 civils assiégés par les belligérants selon l’ONU.

Les Etats-Unis ont condamné «avec la plus grande force» les raids «brutaux» du régime, indiquant dans un communiqué que Washington «travaillait avec ses partenaires pour une véritable transition politique négociée, en dehors (du président syrien Bachar al) Assad».

Et l’Union européenne a affirmé que «les responsables des graves violations des droits de l’Homme et du meurtre de milliers de civils doivent rendre des comptes».

Territoire morcelé

Plus de 240’000 personnes ont péri depuis le début des violences en mars 2011, selon l’OSDH, et plus de quatre millions de Syriens ont fui le pays. Le conflit a été déclenché par la répression sanglante de manifestations antigouvernementales, qui ont dégénéré en révolte armée, puis en guerre civile brutale.

Les combats opposent désormais régime, rebelles, Kurdes et djihadistes qui s’affrontent sur un territoire de plus en plus morcelé. (ats/Newsnet)