Malaisie: Deuxième jour de manifestation contre le gouvernement

Des milliers de Malaisiens manifestaient dimanche à Kuala Lumpur pour la deuxième journée consécutive afin de réclamer la démission du Premier ministre Najib Razak, soupçonné de détournements et dont le parti est au pouvoir depuis 58 ans, une des plus importantes mobilisations depuis des années.

Nombre de manifestants portant des tee-shirts jaunes à l’effigie du mouvement de la société civile Bersih appelant à des réformes se sont réveillés dans les rues de la capitale après avoir campé toute la nuit, reprenant la mobilisation alliant discours, chants et prières dans une ambiance de carnaval.

L’affluence dans l’après-midi semblait moins élevée que samedi, jour où les organisateurs avaient affirmé avoir réuni 200’000 participants, alors que la police de ce petit pays d’Asie du Sud-Est à majorité musulmane faisait état de 29’000 manifestants.

Les responsables du gouvernement «mentent, volent et intimident depuis trop longtemps, et les gens ne peuvent plus accepter ça», a déclaré un manifestant, Simon Tam, avocat.

Le rassemblement à l’appel de Bersih (mot qui signifie «propre» en malais) s’est déroulé jusqu’ici pour l’essentiel sans incident, en dépit de son interdiction par les autorités qui ont aussi bloqué le site internet des organisateurs et banni logo et tee-shirts jaunes de Bersih, une alliance d’ONG, de réformateurs et militants pour les droits de l’homme.

Le cas philippin en exemple

Les manifestants ont été galvanisés dimanche par l’apparition de l’ancien premier ministre Mahathir Mohamad, qui a dirigé la Malaisie pendant 22 ans, venu leur manifester son soutien.

«Je pense qu’il (Najib Razak, ndlr) ne démissionnera pas», a déclaré lors d’une conférence de presse improvisée celui qui demeure une figure influente dans le pays.

«Il sait que lorsqu’il n’aura plus de pouvoir, il pourrait se retrouver devant le tribunal. La tribunal pourrait le reconnaître coupable et il devrait aller en prison», a déclaré l’ancien homme fort du pays, aujourd’hui âgé de 90 ans, lui-même peu tolérant envers la contestation lors de son passage au pouvoir de 1981 à 2003.

Citant en exemple la chute du leader philippin Ferdinand Marcos en 1986, «ils ont dû le renverser à travers des manifestations», a rappelé M. Mahathir.

La vive contestation contre le Premier ministre Najib Razak concerne avant tout l’énorme scandale financier affectant la société publique 1Malaysia Development Berhad (1MDB) créée à son initiative peu après son arrivée au pouvoir en 2009, endettée aujourd’hui à hauteur de 10 milliards d’euros et dont il est soupçonné d’avoir détourné environ 640 millions d’euros.

Des manifestations de moindre importance se tenaient dans d’autres villes du pays, selon l’agence de presse publique Bernama, précisant que 12 participants avaient été appréhendés à Malacca (sud) pour avoir porté des tee-shirts jaunes de Bersih.

Perspectives économiques sombres

Les appels à la démission de Najib Razak se sont multipliés en juillet, après des révélations du Wall Street Journal selon lesquelles des enquêteurs malaisiens avaient découvert que près de 2,6 milliards de ringgit (640 millions d’euros) avaient atterri sur ses comptes personnels.

Ce dernier a vigoureusement démenti tout acte répréhensible, et des ministres de son gouvernement affirment qu’il s’agit de «dons politiques» non identifiés venant du Moyen-Orient. La classe politique malaisienne est régulièrement accusée de corruption par des opposants et ONG.

Début août, le ringgit – la devise malaisienne – avait chuté à son plus bas niveau en 17 ans face au dollar, pénalisé par les inquiétudes entourant la croissance économique de ce pays exportateur de pétrole et les incertitudes politiques liées au scandale financier qui éclabousse le gouvernement.

Ces événements n’ont fait qu’accroître le mécontentement dans la population, alors que les perspectives économiques pourraient encore s’assombrir avec la crise chinoise.

Cette forte mobilisation n’est cependant pas considérée par certains observateurs comme une menace majeure pour le Premier ministre: les organisateurs manquent d’un leader charismatique, l’opposition malaisienne est divisée, et Najib Razak a le contrôle d’institutions clés telles que la police, la justice et le Parlement.

Fin juillet, le Premier ministre a limogé son adjoint qui l’avait critiqué pour le manque de transparence concernant le scandale financier 1MDB, et le procureur général qui enquêtait sur cette affaire sensible avait été démis de ses fonctions.

(afp/Newsnet)