«En Syrie, l’eau devient trop souvent un outil aux mains des parties au conflit. Une arme de guerre. Et ce sont les civils qui souffrent le plus.» Marianne Gasser est catastrophée. Cheffe de la délégation du CICR, elle vient de faire une visite à Alep, l’ancienne capitale économique du nord devenue un gigantesque champ de bataille.
Plus de deux millions de personnes y survivent tant bien que mal, à la merci des diverses forces armées contrôlant les stations de pompage et les centrales électriques dont elles dépendent. De part et d’autre de la ligne de front, ces forces utilisent, comme tactique de combat, les coupures délibérées d’approvisionnement. Tactiques inhumaines
Violation flagrante du droit
«C’est une violation flagrante du droit de la guerre», dénonce pour sa part le Dr. Peter Salama, directeur régional de l’Unicef, appelant les troupes de Bachar el-Assad, les forces rebelles et les djihadistes du groupe Etat islamique (Daech en arabe) à abandonner ces tactiques inhumaines. Dans un rapport publié il y a dix jours, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) affirme avoir dénombré cette année 18 coupures d’eau délibérées à Alep, les robinets restant secs pendant parfois plus d’un mois dans certains quartiers.
Avec des conséquences désastreuses, alors que la Syrie subit la pire vague de chaleur des dernières décennies, les températures dépassant 40 degrés. Les familles finissent par consommer de l’eau sale, exposant les enfants à la diarrhée, la fièvre typhoïde, l’hépatite et d’autres maladies.
Pour tenter d’éviter le pire, le CICR et le Croissant-Rouge syrien ont mis en place un réseau de forages d’urgence des deux côtés de la ligne de front, signalant sur leur page Facebook les lieux de collecte d’eau. En espérant que les combattants n’en feront pas des cibles…
Une pratique qui s’est généralisée
Odieuse, la pratique des coupures d’eau et des attaques sur les installations s’est généralisée en Syrie. Selon l’Unicef, quelque 2,5 millions de personnes en ont souffert à Damas et 250 000 à Deraa. Par ailleurs, de manière générale, en quatre ans de guerre, les destructions ont réduit de moitié la quantité d’eau disponible. Et son prix a augmenté de 3000%.
En Irak aussi, le contrôle des ressources en eau est au cœur du conflit. Rivières, canaux, barrages, usines de dessalement, stations d’épuration… Ce sont là autant d’objectifs stratégiques que certains analystes jugent plus importants même que le pétrole. En effet, Bagdad et tout le sud chiite sont entièrement dépendants du Tigre et de l’Euphrate.
Le Moyen-Orient s’assèche
Or, ces «guerres de l’eau» ne font qu’aggraver la pénurie croissante au Moyen-Orient, où les aquifères souterrains s’assèchent déjà à une vitesse alarmante, à lire les rapports du World Resources Institute. Selon des images satellite, la Mésopotamie serait même l’endroit au monde où l’eau disparaîtrait le plus rapidement.
(24 heures)



