L’Autriche et l’Allemagne ont ouvert leurs frontières samedi à des milliers de migrants et de réfugiés épuisés, en provenance de Hongrie.
Les autorités hongroises les ont acheminés en autocars après avoir tenté en vain d’empêcher leur passage. La cheffe de la diplomatie européenne a averti que cette crise allait durer.
«Nous sommes face à un événement dramatique. La crise est là pour durer», a affirmé Federica Mogherini à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne à Luxembourg. «Plus tôt on l’acceptera (…) plus tôt on sera en mesure d’y répondre efficacement».
La situation devient intenable pour les autorités hongroises débordées: plus de 50’000 migrants, pour la plupart voulant rejoindre l’Allemagne et les autres pays d’Europe occidentale, sont arrivés pour le seul mois d’août. Selon les autorités, 165’000 migrants sont arrivés cette année en Hongrie via la Serbie.
Au terme de plusieurs jours de confrontation et de chaos, le gouvernement hongrois de Viktor Orban a décidé vendredi d’affréter une centaine de cars pour acheminer des milliers de migrants à la frontière autrichienne.
En début d’après-midi, 6500 migrants étaient arrivés en Autriche et 2200 d’entre eux poursuivaient leur route vers l’Allemagne, selon la ministre autrichienne de l’Intérieur, Johanna Mikl-Leitner. Face à la situation à Budapest, les deux pays ont donné leur accord pour les accueillir.
Ainsi, l’Autriche prévoyait l’arrivée de 10’000 personnes dans la journée, l’Allemagne jusqu’à 7000. Côté allemand, les migrants arrivaient par centaines à la gare de Munich, aussitôt conduits vers les centres de la ville, tandis que d’autres trains étaient attendus à Francfort et en Thuringe.
Plus de bus hongrois
Dans la capitale hongroise, la gare principale se remplissait à nouveau samedi, mais le trafic vers l’Europe était toujours suspendu. Comme vendredi, plusieurs centaines de migrants et de réfugiés, dont beaucoup fuient la guerre civile en Syrie, ont donc décidé de gagner l’Autriche à pied.
Vendredi, quelque 1200 migrants s’étaient mis en marche vers la frontière avec l’Autriche, à 175 km de là, poussant les autorités hongroises à conduire des milliers d’autres en bus à la frontière. Mais samedi, le chef de la police hongroise, Karoly Papp, a annoncé samedi que son pays n’affréterait pas d’autres bus pour les migrants.
«Bienvenue aux réfugiés»
A la frontière austro-hongroise, les réfugiés sont descendus des cars pour pénétrer à pied à Nickelsdorf, côté autrichien. Ils étaient emmitouflés dans des couvertures ou des sacs de couchage pour se protéger de la pluie, portant pour certains des enfants endormis.
Des travailleurs humanitaires leur ont distribué de l’eau et des fruits. Quelques habitants agitaient des pancartes souhaitant la «bienvenue aux réfugiés». Des trains spéciaux, ainsi que des cars, ont été mis en place pour qu’ils puissent poursuivre leur chemin vers Vienne ou l’Allemagne. La compagnie ferroviaire autrichienne a annoncé la mise à disposition de 4500 places supplémentaires.
Divergences criantes
L’ouverture des frontières autrichienne et allemande montre que les règles européennes en matière de demandes d’asile sont devenues intenables. En vertu de la convention de Dublin, il appartenait théoriquement à la Hongrie, en tant que premier pays d’arrivée sur le territoire communautaire, de prendre en charge les demandes d’asile.
L’Italie et la Grèce sont également débordées. Plus de 300’000 migrants et réfugiés ayant franchi la Méditerranée depuis le début de l’année, d’après les chiffres du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).
Les lignes de fracture entre les Vingt-Huit sur la réponse à apporter à la crise sont criantes. L’Allemagne et la France, à la suite de la Commission européenne, plaident pour un mécanisme «permanent et obligatoire» de répartition des réfugiés syriens.
Mais la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne rejettent toujours à la mise en place de quotas de répartition. Le gouvernement polonais s’est dit prêt samedi à accueillir 2000 réfugiés.
Réunis à Prague, ces quatre pays, membres du groupe dit de Visegrád, ont insisté vendredi sur la nécessité pour l’Union européenne de renforcer le contrôle de ses frontières, de combattre les réseaux de passeurs et d’établir de nouveaux «hot spots», des centres d’accueil et de tri des migrants dans les pays où ils arrivent. (ats/Newsnet)



