Crise migratoire : Berlin rétablit le contrôle aux frontières

L’Allemagne, qui a largement ouvert ses frontières au flot de réfugiés, a décidé de réintroduire momentanément des contrôles aux frontières avec l’Autriche «pour des raisons de sécurité». A cette fin, des centaines de policiers ont été mobilisés dimanche. Et les contrôles ont repris dès l’annonce du ministre fédéral de l’Intérieur, Thomas de Maizière. Ce dernier a indiqué devant la presse que les réfugiés ne peuvent pas «choisir» leur pays d’accueil dans l’UE, et donc de venir spécifiquement en Allemagne, pays qui fait figure «d’eldorado» parmi les réfugiés. Après avoir annoncé, le 31 août, ne plus renvoyer dans leur pays d’entrée dans l’Union européenne les demandeurs d’asile arrivant outre-Rhin, le gouvernement entend maintenant « limiter l’afflux actuel en direction de l’Allemagne, et de revenir à une procédure ordonnée en matière d’entrée sur son territoire », a expliqué le ministre. Celui des Transports, Alexandre Dobrindt, a quant à lui pointé «l’échec complet» du contrôle aux frontières extérieures de l’Union.

Une remise en cause radicale de Schengen, un espace commun de libre circulation, seulement surveillé sur sa frontière extérieure. Mais qui prévoit des «contrôles exceptionnels et temporaires» dans certaines situations de crise.

Ce signal fort de Berlin a réveillé la Commission européenne qui a «souligné l’urgence» de parvenir à un plan européen de répartition des nouveaux arrivants. La nouvelle a par ailleurs ravi Viktor Orban, le premier ministre hongrois qui a jugé cette décision «nécessaire pour défendre les valeurs de l’Allemagne et de l’Europe». En France, le lieutenant de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux a applaudi à son tour. Déjà programmée pour aujourd’hui, une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur et de la Justice des Vingt-Huit va devoir prendre en compte cette nouvelle donne.

Berlin a justifié cette décision exceptionnelle par l’afflux considérable de migrants, créant une situation d’insécurité. La plupart entrent en Allemagne par la frontière autrichienne et rejoignent Munich en train. Or, la capitale bavaroise, au sud du pays avait tiré la sonnette d’alarme samedi: l’accueil arrivait à saturation. Des réfugiés ont été contraints de dormir dehors et à même le sol alors que les capacités d’hébergement d’urgence sont quasiment épuisées. En deux semaines, 63 000 réfugiés sont arrivés à Munich, selon les autorités locales. Sur une radio bavaroise, un responsable indiquait que l’on était passé près d’une véritable catastrophe humanitaire.

D’autre part, depuis quelques jours, la colère monte au sein même du parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel mais surtout de son allié bavarois au sein de la coalition au pouvoir, l’Union chrétien-social (CSU) bavarois. Horst Seehofer, l’homme fort de la CSU, avait dès vendredi critiqué durement la politique menée par la chancelière, la qualifiant d’ « erreur qui va nous occuper encore longtemps ». Si elle paraît pour l’instant destiné à rester temporaire, cette décision marque en tout cas un revers quant à la promesse d’Angela Merkel. «Nous allons y arriver», avait-elle lancé.

(TDG)