Après le dessinateur Luz, c’est le chroniqueur Patrick Pelloux qui quitte Charlie Hebdo. L’annonce s’est un peu perdue au milieu de la communication sur le déménagement de la rédaction du journal satirique dans des locaux secrets et ultrasécurisés.
Coïncidence de dates, le Jyllands-Posten au Danemark renonce à republier les caricatures de Mahomet dix ans après. Dans son édition du 30 septembre, le quotidien a publié la même page qu’en 2005, avec en lieu et place des dessins, des cases vides. La violence l’aurait-elle emporté sur le droit à caricaturer?
«Ce sentiment de solitude qu’exprime la direction du journal danois est partagé. La peur est omniprésente», explique Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo. «On peut comprendre que certains cèdent à la peur. La situation de menace sur Charlie Hebdo n’a pas changé depuis le 7 janvier. Non, personne n’a envie de reprendre ce flambeau!» Richard Malka précise parler de manière générale et ne pas commenter les cas particuliers.
Prudence de mise
La prudence, aussi relationnelle, est de mise lors des contacts avec quiconque est associé à la rédaction meurtrie dont l’attaque s’est soldée par douze morts. «Globalement, il n’y a plus d’affaire judiciaire en cours contre Charlie. C’est devenu compliqué de poursuivre la rédaction après ce qui s’est passé. Mais des salles d’audience, nous sommes passés à la violence», analyse l’avocat Richard Malka.
Protection policière
Les deux plumes partantes de Charlie Hebdo, comme d’autres membres du journal, n’ont pas répondu à nos sollicitations ou ne souhaitent pas, ou plus, s’exprimer sur le thème du «terrorisme». Eux qui vivent sous protection policière. «Je n’ai plus le courage de continuer, chaque semaine on vous parle des attentats. Je ne veux plus en parler…» a expliqué Patrick Pelloux au micro de Web7radio, la radio d’étudiants sur laquelle il a choisi d’annoncer son départ.
Durant l’émission, Patrick Pelloux a filé la métaphore: «Dans le troupeau, quand un mouton a la tête qui dépasse et regarde ailleurs, il se fait taper dessus par le berger, le chien de garde et tout le reste du troupeau!»
La peur a gagné
Pour Jean-Marie Charon, sociologue des médias au CNRS, la peur qui s’exprime par l’autocensure et la prudence a gagné les rédactions mais aussi les milieux artistiques. Entre autres, le Mémorial de Caen a annulé en avril dernier son habituelle Rencontre du dessin de presse par peur des attentats.
«La remise en cause d’une critique aussi incisive des religions que celle pratiquée par Charlie Hebdo, dans la tradition française, semble gagner du terrain. D’une part l’approche anglo-saxonne plus prudente nous influence et, d’autre part, dans une société française où vivent de nombreux croyants musulmans, cette pratique pose la question du vivre ensemble», glisse Jean-Marie Charon. Momentané ou durable? (24 heures)



