Les forces afghanes ont affirmé jeudi avoir repris aux talibans le contrôle du centre-ville de Kunduz, carrefour stratégique du nord. Des combats sporadiques se sont toutefois poursuivis dans la journée avec les rebelles islamistes.
La reprise de Kunduz, si elle devait se confirmer, serait loin de marquer pour Kaboul une victoire sur le long terme contre les talibans. Chassés du pouvoir par les Occidentaux à la fin 2001, ceux-ci combattent férocement le gouvernement afghan et ses alliés de l’OTAN.
Plusieurs habitants ont confirmé que l’armée avait repris dans la nuit au moins plusieurs quartiers centraux de la ville aux rebelles, qui s’en étaient emparés lundi à la faveur d’une offensive éclair.
Les talibans ont de leur côté officiellement démenti dans la matinée tout recul. Leur porte-parole Zabihullah Mujahid a même assuré que ses combattants avaient «repoussé les envahisseurs et les forces du gouvernement fantoche» hors de Kunduz. Mais un commandant rebelle a indiqué que les talibans étaient en train de quitter la ville, ouvrant la voie à sa reprise totale par le gouvernement.
Combats en périphérie
«Les talibans ont quitté la plupart des quartiers, mais cette retraite fait partie d’une stratégie. Notre but (en attaquant la ville) était de montrer notre force, et nous avons réussi. Nous avons prouvé que nous pouvons prendre n’importe quelle ville quand nous le voulons», a expliqué le rebelle.
Or, si le centre-ville a été rendu à ses habitants, des combats se poursuivaient à la périphérie. «Il y a des combats violents à deux-trois kilomètres de la ville», a déclaré un médecin qui s’est réfugié dans le sous-sol de sa maison avec une quarantaine de voisins, dont des enfants.
La prise de cette ville, important verrou stratégique situé sur la route menant au Tadjikistan, en seulement quelques heures, puis son occupation par les insurgés resteront dans tous les cas comme un très grave revers pour le président Ashraf Ghani. Tout comme pour ses forces armées, seules en première ligne depuis la fin de la mission de combat de l’OTAN en décembre dernier.
L’Alliance ne compte plus que 13’000 soldats en Afghanistan, cantonnés à un rôle de conseil et de formation. Mais face à la débâcle des troupes afghanes, des soldats allemands, américains et britanniques des forces spéciales ont été envoyés à Kunduz. L’armée américaine a également procédé à plusieurs frappes aériennes contre les talibans.
Premier grand succès pour Mansour
Jeudi, les magasins étaient fermés, la nourriture commençait à manquer tandis que l’eau et l’électricité étaient coupées dans de nombreux quartiers de cette ville de 300’000 habitants. Au cours des trois jours d’occupation, qui a poussé des milliers à fuir la ville, au moins 49 personnes ont été tuées et 330 blessées, selon une source sanitaire locale.
«Notre centre de soins tourne au-delà de ses capacités. Nous avons comptabilisé 40 morts et traité 296 blessés, dont 64 enfants», a expliqué une porte-parole de l’ONG Médecins sans Frontières (MSF) qui dispose d’une clinique sur place.
La prise de Kunduz intervient tout juste un an après l’avènement du gouvernement d’union nationale d’Ashraf Ghani. Il avait été élu sur la promesse de ramener la paix dans son pays déchiré par plus de trente ans de conflit.
Et elle constitue le premier grand succès du nouveau chef des talibans, le mollah Akhtar Mansour, intronisé cet été après l’annonce tardive de la mort du mollah Omar. Son autorité a depuis été mise à mal par des divisions internes.
«Les talibans savent qu’ils n’ont pas les moyens de garder le contrôle d’une grande ville comme Kunduz. Mais la prise de la ville montre tout le poids qu’ils auront lors de futurs pourparlers de paix», estime l’analyste militaire Atiqullah Amarkhil. (ats/nxp)



