Droit d’asile – Migrants: les Allemands craignent l’implosion

L’Allemagne résistera-t-elle au choc? Pour héberger les réfugiés, on transforme les gymnases en dortoirs, des tentes d’ONG sont montées dans les parcs publics, des villages de conteneurs surgissent en périphérie des villes. Hambourg et Brême songent à réquisitionner les immeubles de bureaux inoccupés…

Malgré l’arrivée quotidienne de dizaines de milliers de migrants aux frontières, le pays garde le contrôle de la situation. Mais tout le monde s’accorde à dire que cette opération humanitaire exceptionnelle n’aurait jamais pu être réalisée sans une mobilisation de la société civile. Or, après une phase d’euphorie en septembre, les inquiétudes grandissent désormais sur cette crise qui doit «transformer l’Allemagne», selon les mots de la chancelière Angela Merkel.

Ils sont 51% à avoir peur

Son pays attend jusqu’à un million de réfugiés cette année (160 000 en septembre). Et désormais 51% des Allemands disent avoir «peur», jugeant les arrivées trop nombreuses (selon le sondage de la télévision publique ARD). Ils n’étaient que 38% début septembre.

Les Allemands, qui fêtaient ce week-end les 25 ans de leur réunification, ont pris conscience que la première phase du «défi» dont parlait Merkel n’est que le début d’un long travail d’intégration. «Ce défi sera plus important que la réunification elle-même», a insisté le président de la République, Joachim Gauck, lors de la cérémonie officielle à Francfort.

La cote de Merkel s’effondre

La cote de la chancelière s’est effondrée de neuf points en septembre (à 54%). Son propre camp politique est divisé. Merkel est devenue la cible des conservateurs bavarois qui lui demandent de limiter le droit d’asile et de fermer les frontières avec l’Autriche sur le modèle hongrois (avec barbelés). «Nous ne pouvons pas sauver toute la planète», lance Markus Söder, ministre des Finances de Bavière et prétendant à la présidence du parti conservateur bavarois (CSU).

D’une façon inattendue, le ministre fédéral de l’Intérieur a durci le ton. Accusé de populisme, Thomas de Maizière (CDU) a reproché aux migrants de ne pas être reconnaissants. «Ils protestent, ne sont pas satisfaits de leurs conditions d’hébergement et se bagarrent dans les centres.» Même la gauche appelle la chancelière à contingenter les arrivées. «Nous arrivons aux limites de nos possibilités», a insisté son allié Sigmar Gabriel, vice-chancelier et président du Parti social-démocrate (SPD).

Le grand retour des islamophobes de Pegida

Alors que les attentats contre des centres de réfugiés sont pratiquement quotidiens, l’extrême droite profite de cette atmosphère d’incertitude. Le parti populiste AfD (Alernative pour l’Allemagne) recueillerait 6% des voix et serait en mesure d’entrer au parlement fédéral (Bundestag). Quant au mouvement anti-islam Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident), il renaît. A Dresde, la manifestation a accueilli 8000 personnes lundi dernier. Combien seront-ils ce lundi au cœur de la capitale de Saxe, sous haute protection policière?

(24 heures)