Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a appelé ses compatriotes à «l’état d’alerte maximale» en vue d’«une lutte sans merci contre le terrorisme», au plus fort d’une vague de violence qui déferle depuis samedi en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (annexée). Deux civils ont été tués près de Naplouse devant leurs quatre enfants par des tirs à l’arme automatique contre leur véhicule, et deux autres Israéliens ont ensuite succombé à un attentat au poignard dans la Ville sainte. En Israël, la colère gronde.
Palestiniens ulcérés
Chez les Palestiniens, l’émotion n’est pas moindre: malgré les dénégations de Netanyahou, ils sont persuadés qu’il veut modifier le statu quo à l’esplanade des Mosquées de Jérusalem (mont du Temple de Salomon pour les juifs). Ils sont aussi ulcérés par l’incendie criminel en août, prêté à des juifs extrémistes et toujours non élucidé, qui a tué un bébé palestinien et ses parents, alors que les tueurs de Naplouse – cinq membres du Hamas – sont déjà derrière les verrous.
En quelques jours, une douzaine d’Israéliens ont été blessés, dont deux grièvement, dans une série d’attentats à l’arme blanche qui ont créé un climat de panique, y compris à Tel-Aviv. Leurs auteurs ont presque tous été abattus et des confrontations sporadiques ont éclaté dans une quarantaine d’agglomérations en Cisjordanie. Jets de cailloux et de bouteilles incendiaires, pneus incendiés, grenades lacrymogènes, tirs. Bilan: trois tués chez les Palestiniens, dont un adolescent de 13 ans, qui s’affirment victimes de «la gâchette facile». Des manifestations de soutien se sont déroulées chez les Arabes israéliens, notamment à Jaffa et Nazareth.
Processus de paix en panne
Faute de mieux, car le processus de paix est en panne depuis deux ans, Netanyahou a durci la répression: renforcement des effectifs policiers et militaires à Jérusalem et en Cisjordanie, surveillance accrue par caméras et ballons dirigeables, routes de contournement sécurisées, punitions plus sévères pour les fauteurs de troubles. Objectif: étouffer dans l’œuf une 3e Intifada. La «révolte des pierres» (1987-1990) avait été marquée dans le secteur palestinien par des grèves générales, des démissions en cascade de fonctionnaires et l’implosion du système scolaire. Elle se voulait pacifique. Rien à voir avec l’horreur des dizaines d’attentats suicides à l’explosif de la «Seconde Intifada» (2000-2005) perpétrés dans les cafés, hôtels et autobus au cœur des villes israéliennes.
Netanyahou veut calmer le jeu et a fait patte de velours en interdisant à ses ministres d’extrême droite de se rendre à l’esplanade des Mosquées. Il a annoncé un gel temporaire de la colonisation «pour ne pas froisser Washington», qui s’apprête à octroyer à Israël une importante aide militaire, après l’accord sur le nucléaire iranien.
Appel de Mahmoud Abbas
«Nous ne voulons pas être entraînés dans une épreuve de force», a répondu le président palestinien, Mahmoud Abbas. Sans condamner les récents meurtres de civils israéliens, il a réitéré son espoir d’un règlement pacifique du conflit et appelé Israël à respecter les accords d’Oslo (1993) qu’il avait pourtant menacé de dénoncer la semaine dernière à l’ONU. La coopération entre Tsahal et ses services de sécurité continue. Il y va de la survie de son régime, très contesté en Cisjordanie. Comme Netanyahou, il essaie de contrôler la hauteur des flammes de l’embrasement.
(TDG.CH)



