Élections législatives – Pologne: les eurosceptiques obtiennent la majorité absolue

Beata Szydlo, 52 ans, désignée par avance pour le poste de Premier ministre par Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti conservateur Droit et Justice (PiS) vainqueur dimanche des législatives polonaises, applique à la lettre les idées de son mentor. «Nous n’aurions pas ce succès magnifique sans les décisions prises par Jaroslaw Kaczynski», a-t-elle déclaré aussitôt après la publication des projections donnant à son parti la majorité absolue.

Fille de mineur, diplômée en ethnographie de l’Université Jagellonne de Cracovie, elle s’était lancée dans la politique en se faisant élire maire de la petite ville de Brzeszcze, dans le sud de la Pologne. Elle est députée du PiS depuis 2005 et vice-présidente de son parti.

Au parlement, Mme Szydlo a défendu les positions conservatrices du PiS, proches de celles de l’épiscopat, sur des questions telles que l’avortement, la fécondation in vitro et la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes.

Mais ce n’est que récemment que Mme Szydlo a fait ses preuves au grand jour, en conduisant avec succès la campagne électorale du nouveau président élu en mai, Andrzej Duda, qui a démissionné du PiS après sa victoire, comme le veut la tradition.

Polonais mécontents

Elle s’est engagée avec la même énergie dans sa propre campagne et celle de son parti pour les législatives, à l’écoute des Polonais mécontents, et sans manquer la moindre occasion de dénoncer le gouvernement sortant de sa rivale Ewa Kopacz.

Portant toujours un tailleur élégant, cheveux courts, sérieuse mais entourée en permanence en public d’un noyau de jeunes fidèles enthousiastes, elle a sillonné la Pologne dans tous les sens, avec partout le même message : il faut un «bon changement», on a assez du gouvernement actuel.

«Jaroslaw Kaczynski a eu effectivement un coup de génie en choisissant Mme Szydlo pour être le visage de la campagne électorale, d’abord pour la présidentielle puis pour les législatives», analyse le politologue Kazimierz Kik.

«Elle est bien dans son rôle. Mais c’est surtout le PiS qui a le vent en poupe : il navigue avec le courant, notamment sur l’usure du gouvernement sortant, et il faut reconnaître que Mme Szydlo rame très bien dans ce bateau», explique-t-il.

Critique de l’UE

Partageant les sentiments de la majorité des Polonais, opposés à l’accueil de réfugiés du Proche-Orient et d’Afrique du Nord, elle a critiqué l’approche de Bruxelles, dans un débat télévisé avec Mme Kopacz.

«La solution que nous a proposée l’Union européenne (la répartition – ndlr) est mauvaise, et surtout, ce n’est pas une solution d’ensemble», a-t-elle martelé. «Aujourd’hui, les Polonais se soucient avant tout de leur sécurité», a-t-elle souligné, avant de prôner «une aide humanitaire et financière» aux pays où se trouvent les réfugiés potentiels.

Mme Szydlo avait aussi accusé auparavant les «anciens» pays de l’UE de vouloir se décharger de réfugiés sur les nouveaux Etats membres plus pauvres. «Si les hommes politiques de ‘l’ancienne’ Europe cherchent à imposer la même responsabilité à tous les autres membres, ils ne font que défendre leurs intérêts. C’est une tentative de déplacer les responsabilités pour obtenir une solution superficielle», a-t-elle affirmé.

Beata Szydlo est mariée à un enseignant dans un Centre de formation professionnelle et mère de deux fils, dont l’aîné est étudiant en médecine et le cadet séminariste. (ats/nxp)