Fillinges, village haut-savoyard de 3500 âmes, à 20 kilomètres de Genève, a été mercredi soir le théâtre d’une impressionnante opération de gendarmerie. Un habitant de la commune, âgé d’environ 25 ans, a été arrêté au volant de son véhicule vers 18 h 30. Puis, les forces de l’ordre ont investi son immeuble afin de procéder à la perquisition de son appartement.
«Cette intervention a été menée dans le cadre du décret d’état d’urgence. A son domicile, ont été découverts: des supports informatiques ainsi qu’un drapeau de Daech», commente le procureur de la République de Thonon, Patrick Steinmetz. L’homme a été placé en garde à vue pour une durée de 48 heures afin d’être entendu par la brigade de recherche de la compagnie de gendarmerie de Saint-Julien. «Les enquêteurs exploitent actuellement les éléments découverts à son domicile», précise le procureur. Jeudi en fin d’après-midi, on apprenait que sa garde à vue serait probablement prolongée.
Commune paisible
Au café comme dans les rues de Fillinges, l’arrivée des médias étonne, voire détone. «D’habitude quand on parle de Fillinges, c’est à propos du Petit savoyard (ndlr: une boîte de nuit)», souligne une habitante. «C’est sûr que cela n’arrive pas tous les jours… Et c’est tant mieux», souffle une autre. «Ça s’est passé dans l’immeuble au-dessus de la crèche, à côté de la mairie», indique finalement une automobiliste, qui tient l’information d’une écolière habitant un appartement voisin.
C’est finalement au pied dudit immeuble, appelé Résidence la Tourne, où s’est effectivement passée la perquisition, que l’on en apprend un peu plus sur les événements de la veille. Monique Marlin, sortie en chaussons roses pour récupérer son courrier, était chez elle au moment des faits. «Quand je suis rentrée mercredi vers 16 h 30, il y avait des gendarmes un peu partout. Puis, à 20 h 30, ils sont entrés dans l’immeuble. Ils étaient entre 15 et 20, en treillis, cagoulés, mitraillettes au poing. C’était assez impressionnant mais je n’ai pas eu peur. On s’est douté qu’ils venaient pour lui.»
Habitant la résidence depuis sa construction, soit il y a trois, quatre ans, Monique Marlin décrit son voisin comme «un monsieur de 25 à 28 ans, barbu, super gentil, très poli, toujours prêt à rendre service.» Selon elle et d’après les informations figurant sur la boîte aux lettres, l’homme habite avec sa mère. «En ce moment, il y a aussi sa sœur et sa petite-nièce.» En tout l’immeuble compte une douzaine de logements sociaux.
«Pas de cellule terroriste»
Le maire, lui, ne connaît pas cet habitant. Commentant cet événement, Bruno Forel rappelle le contexte national: «la France est en état d’urgence. Le préfet a donc le pouvoir de faire des perquisitions administratives. Il en a fait une sur ma commune. Est-ce surprenant? Oui car Fillinges est une commune suburbaine tranquille. Cela dit, la Haute-Savoie notamment en raison de sa proximité avec Genève est un endroit favorable à la création de réseaux.»
Bruno Forel souligne: «Je ne pense pas qu’on ait découvert une cellule terroriste à Fillinges. Il s’agit d’un individu, peut-être fiché S ou en tout cas connu pour ses affinités avec la mouvance islamiste. Il n’est pas non plus impossible que des gens voulant mal agir choisissent de se mettre à distance pour bénéficier d’un certain anonymat.»
Cinq opérations en Haute-Savoie
Dans le département de Haute-Savoie, cinq opérations ont eu lieu au total. Celle de Fillinges est la seule dans le bassin lémanique. Il n’y a eu qu’une autre interpellation, à Faverges, pour détention de cannabis. (TDG.CH)



