L’Italie a confirmé vendredi son retour à la croissance économique en 2015, après trois années de récession, mais avec un taux encore très bas, 0,7%, ce qui pourrait compliquer l’équation du gouvernement concernant le déficit public.
Au quatrième trimestre, le PIB a augmenté de 0,1% par rapport au trimestre précédent et d’1% sur un an, des résultats moins bons que prévus, les analystes tablant respectivement sur une progression de 0,3% et de 1,2%.
Sur l’ensemble de l’année 2015, la hausse du PIB a été égale à 0,7%, un chiffre qui a également déçu. La Banque centrale d’Italie avait effet dit mi-janvier prévoir une croissance de 0,8%, puis de 1,5% en 2016 et 2017, des chiffres globalement conformes aux estimations du gouvernement.
Pessimisme pour 2016
«L’Italie est toujours en train de se battre pour sortir de la grande récession de 2008-2014 et après des signes encourageants dans la première moitié de 2015, la croissance a perdu de sa vigueur au deuxième semestre», souligne Lorenzo Codogno, chef économiste chez LC Macro Advisors Limited et ancien directeur général au ministère italien des Finances.
La Commission européenne a d’ailleurs déjà revu à la baisse début février ses prévisions pour la croissance italienne, tablant sur des taux de 1,4% en 2016 et de 1,3% en 2017, contre 1,5% et 1,4% précédemment prévus.
Et les analystes ont fait de même, à l’image de l’institut IHS, qui prévoit désormais pour 2016 une hausse du PIB de 1% à 1,1%, en raison de la mauvaise performance de la production industrielle à la fin de l’année passée.
La banque centrale d’Italie avait souligné dès janvier que «les risques restaient significatifs» concernant la croissance italienne, en raison du contexte international, en «particulier (de) la possibilité d’un ralentissement des économies émergentes», dont celle de la Chine.
Les consommateurs prudents
Face à ces inquiétudes, il règne une «très forte incertitude concernant les investissements», les entreprises restant attentistes et ce même si elles ont récemment vu «leurs marges s’améliorer», souligne Paolo Mameli, de la banque Intesa Sanpaolo.
Les consommateurs sont eux aussi restés prudents, la situation économique et le marché du travail paraissant encore fragiles.
Si le taux de chômage a baissé de 8,1% sur un an, il demeure en effet à un niveau élevé, 11,4%, soit plus d’un point au-dessus de la moyenne de la zone euro, avec un niveau très préoccupant chez les 15-24 ans (37,9%).
Bras de fer avec Bruxelles
Pourtant, selon M. Lorenzo, «il y a beaucoup de signes d’amélioration». «La consommation est soutenue par la tendance baissière de l’euro sur le long terme, des prix du pétrole très bas et des prix à la consommation en général plus faibles», explique-t-il, soulignant qu’aux trois premiers trimestres de 2015, la consommation intérieure a apporté une contribution substantielle à la croissance.
Ce devrait de nouveau être le cas en 2016, après que le gouvernement a annoncé plusieurs mesures en faveur des ménages, comme la suppression de la taxe sur les résidences principales, estime Raj Badiani, du cabinet IHS.
Mais alors que le chef du gouvernement, Matteo Renzi, a engagé une vaste série de réformes depuis son arrivée au pouvoir début 2014 pour dynamiser l’économie italienne, son bras de fer avec la Commission européenne au sujet du déficit pourrait s’intensifier, ajoute M. Badiani.
Déficit public déjà acté
«Il est convaincu que la reprise doit être soutenue et encouragée et argumentera que l’Italie a besoin d’un choc budgétaire supplémentaire pour protéger sa reprise en 2016», commente l’économiste d’IHS, estimant que l’Italie ne devrait pas remplir ses objectifs en termes de déficit public, qui pourrait selon lui atteindre 2,6% du PIB en 2016.
Le budget 2016 adopté en décembre prévoit déjà un déficit public de 2,4%, contre 2,2% prévu en novembre et 1,8% précédemment, un creusement sur lequel la Commission européenne doit rendre son avis au printemps. (afp/nxp)



