Syrie: Remis en selle, Assad fait la leçon aux Européens

L’accord arraché dans la nuit de jeudi à vendredi à Munich peut-il relancer les pourparlers syriens restés en rade à Genève et dont la reprise est prévue le 25 février? Pour l’instant, il a le mérite de clarifier les positions et de sortir de l’hypocrisie de ces dernières semaines. Damas est bel et bien en train de revenir dans le jeu en s’imposant, avec l’appui de son puissant allier Russe en maître de la partie. Quelques heures après l’annonce d’un accord sur une «cessation des hostilités» par John Kerry et Sergueï Lavrov, Bachar al Assad a accordé un entretien à l’AFP pour donner sa lecture de ce qui a été convenu à Munich. Son choix de s’exprimer dans un média français, ne doit rien au hasard. Le lendemain du départ de Laurent Fabius du quai d’Orsay, le président syrien a voulu rappeler à ceux qui réclamaient sa tête depuis plus de quatre ans qu’il était toujours là. «La France doit changer de politique sur la Syrie», a-t-il déclaré. Sous-entendu, maintenant que Laurent Fabius est parti vous devriez reconsidérer votre position à mon égard… Un camouflet pour le ministre des Affaires étrangères qui avait fait du départ de Bachar el-Assad une affaire presque personnelle.

Le maître de Damas a repris du poil de la bête. Au point de faire aussi la leçon aux Européens. «Je vais appeler les gouvernements qui ont contribué directement à l’exode (des réfugiés syriens) en fournissant une couverture aux terroristes et en imposant un embargo à la Syrie à aider au retour des Syriens chez eux», a-t-il expliqué. Bachar el-Assad est d’accord pour entrer dans des pourparlers de paix. D’accord pour négocier mais pas avec n’importe qui. Il répète qu’il est déterminé à combattre le terrorisme et assure même qu’il finira par reprendre le contrôle de toute la Syrie.

A l’issue de la conférence de Munich, le terme «cessation des hostilités» a été préféré à celui de «cessez-le-feu». Une subtilité de langage dont le président syrien s’efforce de tirer avantage. Il faut dire qu’elle a fait grincer quelques dents. Pour nombre d’observateurs, l’accord de Munich signe le triomphe de la diplomatie russe et un abandon en cours de partie, peu glorieux pour les Etats-Unis. La prudence américaine serait due au souci de Barack Obama de ne pas laisser le dossier syrien pourrir sa fin de mandat. Depuis plusieurs semaines, Damas et Moscou mettent en garde devant le risque d’escalade et de guerre mondiale, du fait notamment des engagements de la Turquie et de l’Arabie saoudite dans le conflit. Risque que Washington a préféré ne pas prendre à la légère.

L’armée syrienne et l’aviation russe vont donc continuer à frapper les positions occupées par Daech, le Front Al-Nosra et «tous les autres groupes considérés comme terroristes par le Conseil de sécurité des Nations Unies». Ce permis de poursuivre les combats contre certains groupes est assorti d’une exigence: le déploiement de l’aide humanitaire. S’il ne veut pas totalement perdre la face, le Groupe international de soutien à la Syrie n’a d’autre alternative que de mettre la pression sur les seules questions qui paraissent pour l’instant négociables: l’assistance aux populations.

Convoquée à l’issue de la conférence de Munich, une réunion du Groupe de travail sur l’accès humanitaire en Syrie s’est tenue ce vendredi au Palais des Nations. Jan Egeland, ancien chef des affaires humanitaires de l’ONU et conseiller de Staffan de Mistura, affirme que l’ONU a demandé un «accès humanitaire sans délai» aux «zones assiégées». On saura très vite si l’accord de Munich est mort-né.

(TDG)