Asie: La Chine veut en finir avec les enterrements

«Ont-ils donc perdu la tête, au gouvernement?» La polémique enfle sur Sina Weibo, sorte de «Twitter» à la sauce chinoise. C’est que Pékin a édicté il y a quelques jours une directive pour promouvoir plus énergiquement les obsèques dites «écologiques». En clair, le Parti communiste part en guerre contre l’enterrement des défunts et donc la croissance sans fin des cimetières, notamment dans les mégapoles déjà surbondées. Pas moins de neuf ministères, dont celui des Affaires civiles, ont diffusé conjointement les nouvelles consignes. Avec pour objectif: 100% de crémations d’ici à 2020.

Des cendres dispersées dans la mer, mêlées aux racines d’un arbre qu’on plante, déposées dans des urnes qu’on expose au cimetière sur de belles étagères murales ou encore dans une tour ou carrément dans un bâtiment… Ce ne sont pas les idées qui manquent, à en croire le quotidien gouvernemental China Daily. Même si les proches insistent pour enterrer le corps, ils sont encouragés à utiliser une «tombe familiale» ou alors un espace étroit, à moins qu’ils ne décident simplement d’ensevelir le défunt en position verticale.

Tendance à la baisse

Le problème, c’est que la population chinoise résiste. Même si environ un défunt sur deux est incinéré, cette tendance est à la baisse. Entre 2005 et 2012, la proportion est passée de 53% à 49,5%. Car malgré des décennies de communisme, les traditions funéraires héritées du taoïsme et du confucianisme sont encore très enracinées. Brûler le corps d’un être cher est un manque de respect. Pire: ne pas l’enterrer «correctement» met en péril son repos éternel et risque de briser le lien avec les ancêtres, auxquels beaucoup de Chinois vouent encore un culte.

Pas facile de changer les mentalités. Lors des précédentes tentatives de réformes funéraires, un nombre important de personnes âgées se sont suicidées avant que les nouvelles normes n’entrent en vigueur. Ou encore, des corps disparaissaient mystérieusement des morgues avant de pouvoir être incinérés. Quant aux employés des crématoires, ils taisent leur métier de peur que leur famille ne soit stigmatisée. D’ailleurs, pour revaloriser la profession aux yeux de la société, une compétition nationale a été organisée en décembre pour récompenser le meilleur crémateur de Chine.

Surtout, la nouvelle directive somme les membres du parti à montrer l’exemple, en particulier les hauts fonctionnaires de l’Etat. Les récalcitrants seront punis. De mort?

(24 heures.ch)