Délire réformiste : Fall-grave, Le «Madior» parlait trop… (Par Momar Mbaye)

On a simplement envie qu’il se taise. Qu’il arrête d’enfoncer le président de la République dont il est devenu à la fois le chargé de communication, le porte-parole, l’attaché de presse et le griot-laudateur qui inonde les médias de sorties qui jettent le discrédit sur un universitaire et intellectuel, jadis respecté pour sa pertinence. Fall le « Madior », conduit Macky Sall tout droit à sa perte, et le Sénégal à la dérive.

On s’achemine de manière inévitable vers une fin de mandat difficile. Plus difficile que l’aura été le début d’un quinquennat (transformé en septennat) marqué par une absence de ligne directrice, d’une politique claire à même de répondre aux préoccupations des Sénégalais qui aspiraient à un changement, mais dorénavant convaincus, que Macky Sall n’est pas l’homme de la rupture tant attendue. Ses revirements sur des engagements phares telle la formation d’un gouvernement de 25 membres, la suppression d’un Sénat qui se recycle dans le Haut Conseil des collectivités territoriales, la déduction du train de vie d’un pouvoir qui entretient grassement sa clientèle politique, avec la nomination de ministres-conseillers dont personne ne peut dire avec exactitude leur nombre, et le clair-obscur entretenu jusqu’à un passé récent, par le chef de l’État, autour de la réforme des institutions. Lequel s’est finalement soldé par un « wax waxete » qu’il convient de sanctionner lourdement aux urnes, le 20 mars, une date qui, curieusement, fait penser à des calculs d’ordre mystique, imposée à toute une classe politique de manière unilatérale, le propre d’une dictature de la pensée.

Théoricien du mandat de sept ans, Fall a réussi à entraîner le chef de l’État dans un délire réformiste, lequel met en quarantaine la quintessence des Assises nationales, tout en soutenant le contraire, dans les médias. Tel un juriste-tailleur, qui coupe, découpe et recoupe pour donner corps à un modèle commandé et imposé depuis le Palais. Mieux qu’un mercenaire du droit, payé à occuper l’espace médiatique dans le but de convaincre l’opinion à avaliser, sans bruit, l’enterrement d’un engagement politique qui aura été déterminant dans le choix des électeurs qui ont porté Macky Sall au pouvoir, en 2012.

C’est une lapalissade que de dire que l’esprit du référendum a été faussé, trahi dès l’instant qu’il ne concerne plus le mandat en cours comme le stipulait le contrat moral qui liait le président Macky Sall au peuple sénégalais, et lequel a été rompu d’une manière si brutale. Mais il y a pire : le nombre de points censés faire l’objet de réforme, sont en train d’être considérablement revus à la hausse : ils passent de 15 à 20 aujourd’hui, la preuve que ces réformes qui ne font pas l’objet d’un consensus avec la classe politique, recèlent en leur sein, des non-dits, des sous-entendus, des allusions indirectes et des omissions volontaires, sources de malentendus entre un peuple et un président qui n’inspire plus la confiance. Source de méfiance également chez les étudiants de la Fac de droit qui ne reconnaissent plus leur professeur devenu un illuminé du Palais.

Au rythme où évoluent les retouches apportées au texte de constitution, rien ne garantit que d’autres points supplémentaires, d’ici à la date du 20 mars, ne soient pas greffés à ce texte devenu aussi instable que la constitution sous Wade.

Le pouvoir, en décidant de changer les règles du jeu, au cours du jeu, fait montre d’une malhonnêteté intellectuelle qu’un professeur de droit jadis respecté pour ses connaissances et son opinion ne devrait jamais cautionner. Avec le président de la Réppublique, il devra alors en tirer toutes les conséquences, en cas de rejet éventuel de ces réformettes grossièrement attribuées aux conclusions des Assises nationales.

Momar Mbaye

Titre inspiré du roman D’Agatha Christie, Le major parlait trop.

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