Le massacre des Herero et des Nama par les Allemands entre 1904 et 1908 est-il un génocide? Le premier du XXe siècle? La plupart des historiens n’ont plus de doute sur ce point. En voulant défendre leurs biens contre les colons au début du siècle dernier, ces deux peuples de l’actuelle Namibie se sont fait exterminer par les troupes allemandes de l’Empire. Ils se sont fait expulser vers le désert, où ils sont morts de soif. D’autres Herero et Nama ont été exécutés ou sont morts dans des camps de concentration.
Le responsable de ce génocide est Lothar von Trotha, un général allemand et commandant à l’époque des forces coloniales en Afrique orientale. Pour mater la rébellion, il a fait massacrer entre 65 000 et 85 000 Herero et 10 000 Nama. Pour preuve, cette lettre écrite en 1904 aux Herero: «A l’intérieur des frontières allemandes, tout Herero armé ou non sera exécuté. Nous n’assurons plus la protection des femmes et des enfants. Renvoyez-les chez eux ou nous les tuerons. C’est mon message aux Herero.»
C’est la résolution du Bundestag en juin dernier sur le génocide arménien par l’Empire ottoman qui a relancé cette affaire. Ankara avait protesté contre l’Allemagne en accusant la chancelière d’accuser les autres sans assumer les crimes contre l’humanité de son propre pays. La question de la responsabilité n’est plus controversée en Allemagne. En 2004, la ministre de la Coopération avait déjà demandé pardon aux victimes à l’occasion d’une cérémonie commémorative à Waterberg sur ces atrocités en Namibie. Les responsables politiques actuels ne souhaitent pas non plus revenir sur ce chapitre noir de l’histoire coloniale allemande. Frank-Walter Steinmeier, le ministre social-démocrate des Affaires étrangères, et Norbert Lammert, le président du Bundestag, ont reconnu en juillet 2015 que le terme de génocide était approprié pour qualifier ce massacre.
C’est la question des indemnités qui taraude les Allemands, la République fédérale étant officiellement l’héritière de l’Empire. Les négociations bloquent depuis des années car la Namibie, dirigée par l’ethnie des Ovambo, réclame des indemnités pour l’ensemble du pays et pas seulement pour les ethnies décimées. Les Allemands redoutent donc que l’argent ne parvienne pas aux victimes.
L’Allemagne a déjà payé des centaines de millions d’euros à la Namibie pour l’aide au développement économique (aucun autre pays dans le monde n’a reçu de l’Allemagne autant d’argent par habitant). Néanmoins, Berlin veut vite faire aboutir ce dossier pour ne pas être accusée de vouloir se soustraire à ses responsabilités. Le gouvernement a envoyé ces derniers jours un émissaire en Namibie pour négocier un accord.
Selon la presse allemande, les avocats des descendants des victimes s’apprêtent néanmoins à porter plainte contre l’Allemagne devant la Cour pénale internationale de La Haye, alors que le Bundestag n’a pas encore reconnu officiellement ce génocide. Une course contre la montre est désormais engagée pour sauver l’honneur de l’Allemagne. (24 heures.ch)



