Des tirs d’artillerie résonnent dans la ville, des hélicoptères de combats tournent dans le ciel… Juba, la capitale du Soudan du Sud vient de replonger dans le chaos. «Des soldats nous ont ordonné d’évacuer le quartier. Nous avons passé la nuit dans une église, dit un résident. Il y a des corps dans les rues». Il pourrait y avoir des centaines de victimes.
La population panique. La guerre et les atrocités qui l’accompagnent lui sont trop familières. Des milliers de personnes se réfugient dans les bases des Nations Unies, situées près de l’aéroport, et à l’ouest de la ville, deux zones où il y a eu de violents combats. Un abri précaire. Des obus tombent sur le site de protection des civils où, avant le conflit, résidaient déjà 30 000 déplacés.
Ethnie Dinka contre peuple Nuer
L’aéroport est fermé, les routes sont bloquées, personne ne circule à part les militaires. Même les véhicules de la mission de maintien de la paix ne peuvent pas sortir de leur camp. Le plus jeune Etat du monde, qui a proclamé son indépendance le 9 juillet 2011 après trente ans de conflit contre Khartoum, vit un nouveau drame.
Les protagonistes n’en sont pas à leur premier différend meurtrier. En décembre 2013, le président Salva Kiir, de l’ethnie dinka, accuse son vice-président Riek Machar, de l’ethnie nuer, de fomenter un coup d’Etat. Ce dernier échappe de justesse à la mort et prend la tête d’une rébellion armée. Ce qui avait commencé par une lutte de pouvoir prend rapidement la tournure d’un conflit ethnique, même si les alliances militaires n’ont pas toujours suivi ces lignes. Viols, massacres ont été commis par les deux camps. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées, deux millions ont dû fuir leur foyer au cours de ce conflit qui a duré deux ans et demi, sans qu’aucun camp ne parvienne à l’emporter.
Escalade des violences
Sous la pression de la communauté internationale, un accord de paix a certes été signé il y a un an. Le retour de Riek Machar dans la capitale sud-soudanaise, fin avril, et sa réintégration comme vice-président dans un gouvernement de transition, a marqué une étape importante dans la tentative d’application de celui-ci. Mais la tension entre les deux armées qui se sont affrontées pendant deux ans et demi restait forte, et il ne fallait qu’une étincelle pour relancer le conflit.
C’est arrivé jeudi soir. Un accrochage a eu lieu à un barrage entre des soldats loyaux au président Salva Kiir et des hommes de l’ancienne rébellion. Rapidement, c’est l’escalade. Dimanche matin, des tirs retentissent près du camp où vit Riek Machar et une bonne partie du millier de soldats qu’il a ramené avec lui à Juba. Des combats éclatent dans plusieurs parties de la ville.
Trêve?
Ce lundi soir, il semblait y avoir une accalmie. Quelques personnes s’aventurent dans les rues pour se ravitailler en nourriture. L’armée affirme que la situation est «sous contrôle». Le président Salva Kiir et son rival ont ordonné un cessez-le-feu immédiat. Mais sont-ils vraiment aux commandes de leurs troupes et pourront-ils contrôler les éléments les plus radicaux? Le pays reste au bord de la guerre civile.
(TDG)



