Les musulmans français en pleine crise d’identité

Comment exprimer son rejet du terrorisme lorsqu’on est musulman en France? Cette question taraude la plus importante communauté islamique de l’Union européenne (4 710 000 musulmans en France, soit 7,5% de la population). Dans sa lettre ouverte parue samedi dans Le Monde, l’écrivain marocain résidant en France Tahar Ben Jelloun a lancé une polémique après l’assassinat du Père Jacques Hamel, dont les funérailles ont été célébrées, mardi, à la cathédrale Notre-Dame de Rouen devant 1700 personnes.

Ne pas être complices

Ainsi, l’auteur de La nuit sacrée (Goncourt 1987) invite-t-il les musulmans de France à «sortir en masse dans les rues et s’unir autour du même message: dégageons l’islam des griffes de Daech». Dans cette lettre ouverte, Tahar Ben Jelloun ajoute: «Si nous continuons à regarder passivement ce qui se trame devant nous, nous serons tôt ou tard complices de ces assassins.»

L’écrivain français et musulman Mabrouck Rachedi lui apporte la réplique dans le Huffington Post du 1er août en soulignant, entre autres, que les musulmans n’ont pas à se sentir plus responsables que les autres Français.

Depuis le premier attentat de cette sanglante série, celui de l’HyperCasher et de Charlie Hebdo en janvier 2015, les musulmans de France hésitent sur l’attitude à prendre: silence dans la prière? Faire profil bas? Se recroqueviller sur sa communauté locale? Manifester publiquement son rejet du terrorisme, en tant que musulman? Ou alors le faire, mais seulement en tant que Français parmi d’autres?

Victimes musulmanes

Que ce soit à Charlie Hebdo, au Bataclan ou à Nice, plusieurs musulmans figurent parmi les victimes des attentats commis au nom de l’Etat islamique. A une exception près, celui perpétré à l’Eglise Saint-Etienne-du-Rouvray la semaine passée. Or, il semble que c’est justement le dernier en date des actes revendiqués par Daech qui a marqué une évolution au sein de la communauté musulmane. En effet, à l’appel du Conseil français du culte musulman, des centaines de fidèles de l’islam ont assisté aux messes dominicales en signe de solidarité. Et c’est souvent comme musulmans proclamés que nombre d’entre eux ont participé aux récentes manifestations contre le terrorisme. Dès lors, la position de Tahar Ben Jelloun se réfère surtout à la situation qui prévalait avant l’assassinat du Père Hamel.

Appel à la réforme

D’autres voix musulmanes, dont celle du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, en appellent à une réforme des institutions islamiques de France. Un mouvement que le premier ministre, Manuel Valls, veut aider par une politique «volontariste» comme il l’a déclaré mardi à Libération. Il reste à savoir comment concilier ce «volontarisme» gouvernemental avec la loi de séparation entre l’Etat et les religions.

(24 heures)