Après plus d’un demi-siècle de conflit, la guérilla des Farc réunit ses chefs afin de ratifier les accords de paix conclus avec le gouvernement, avant de quitter les montagnes de Colombie pour passer de la lutte armée à la vie politique.
C’est la première fois que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) vont débattre de paix et non de guerre, lors de cette 10e Conférence nationale, prévue du 17 au 23 septembre dans le Caguan, fief historique de la plus ancienne rébellion du continent américain, née en 1964 d’une insurrection paysanne et qui compte encore 7.500 combattants armés.
«Ce sera un événement démocratique qui doit nous indiquer la route à suivre #EnAvantPourLaPaix», a tweeté Timoleon Jimenez alias Timochenko, chef suprême de cette guérilla marxiste, qui le 24 août a conclu la paix avec le gouvernement à l’issue de presque quatre ans de négociations délocalisées à Cuba et après trois processus avortés en 1984, 1991 et 1999.
Importance de l’événement
En arrivant ces jours-ci de Cuba sur le site de la conférence à El Diamante, lieu-dit perdu dans les vastes plaines de Yari, à plusieurs heures de piste de San Vicente del Caguan (sud-est), il a souligné l’«importance» de l’événement.
«Tout ce que nous faisons en ce moment va beaucoup nous aider pour atteindre nos objectifs», a-t-il ajouté à sa descente d’un hélicoptère du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), selon des images de Noticias Nueva Colombia, média de la guérilla.
Si la conférence lui donne le feu vert, le chef guérillero signera ces accords avec le président de centre-droit Juan Manuel Santos le 26 septembre à Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe.
Au moins 260’000 morts
Quelque 200 délégués des Farc, dont les 29 membres de l’état-major, et des représentants élus par la base doivent en effet se prononcer sur ce qui a été négocié pour mettre fin à un conflit qui, au fil des décennies, a impliqué d’autres guérillas d’extrême-gauche, des paramilitaires d’extrême-droite et l’armée, faisant au moins 260’000 morts, 45’000 disparus et 6,9 millions de déplacés.
Arrivant lui aussi dans le Caguan, le commandant guérillero Pastor Alape a souligné que «lors des autres conférences, on parlait de plans de guerre et dans celle-ci, de processus et d’initiatives vers la paix, vers le renforcement de la démocratie en Colombie».
Autre fait exceptionnel de cette conférence: pour la première fois de leur histoire, les chefs des Farc ne se réunissent pas dans la clandestinité, mais avec le plein aval des autorités, en présence au total d’environ 900 personnes, dont une cinquantaine d’invités et quelque 350 journalistes du monde entier.
Devenir un mouvement politique légal
Cette «dernière conférence de notre organisation en armes (…) ratifiera les accords de paix et entérinera la transformation des Farc en mouvement politique légal», avait indiqué la guérilla en l’annonçant peu après la conclusion des accords, contenus dans un document de 297 pages et portant, entre autres, sur la démobilisation des rebelles, un système de justice transitoire et la réparation des victimes.
«C’est la fin d’un cycle, celui de la guérilla armée et le début d’un autre, comme mouvement politique non armé», a déclaré à l’AFP le politologue Frédéric Massé, expert en négociations de paix et professeur à l’université Externado de Bogota.
Les débats devraient se tenir à huis clos dans un bâtiment de briques construit à la hâte par les guérilleros, au milieu des hautes herbes, selon une vidéo intitulée «Construisant la paix» et diffusée par la rébellion via son compte Twitter.
La ratification devrait passer facilement
Pour l’analyste Ariel Avila, de la Fondation Paix et Réconciliation, la ratification devrait passer sans accroc car «près de 90% des Farc acceptent déjà les accords. Cela signifie qu’il reste 10% à convaincre pendant la conférence».
Un avis partagé par le Pr Massé, qui pense qu’«il n’y aucun doute à ce propos, mais c’est un fait symboliquement très important» et que les Farc devront s’assurer de leur «propre cohésion» en expliquant «la portée et les limites» des accords aux récalcitrants.
Les guérilleros ne remettront cependant leurs armes qu’une fois les accords approuvés aussi par les électeurs colombiens le 2 octobre lors d’un référendum. Une procédure non obligatoire, mais voulue par le président Santos afin d’assurer une pleine légitimité à la paix.
(nxp/afp)



