Strasbourg-Bruxelles: L’UE réclame 339’000 euros à Marine Le Pen

Vingt eurodéputés frontistes et leurs 77 assistants parlementaires sont rémunérés grâce aux fonds européens, selon les calculs de «Mediapart» qui énumère: 6400 euros nets mensuels par élu, défrayé à hauteur de 4320 euros maximum, couronné par une enveloppe pour payer leurs assistants de plus de 23’000 euros. Or, certains de ces employés seraient fictifs, dénoncent ce lundi 31 octobre 2016 le pure-player «Mediapart» et l’hebdomadaire français «Marianne».

A tel point que le gendarme appelé l’OLAF, l’Office européen de lutte antifraude, demande le recouvrement de 339’000 euros (367’000 francs) versés «indûment» à Marine Le Pen, notamment pour avoir employé deux assistants à Strasbourg dont il soupçonne qu’ils travaillaient en fait tous deux uniquement pour le parti frontiste dont le siège est basé à Nanterre (nord-ouest de Paris). Car ces fonds européens sont débloqués uniquement pour une activité «directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés», selon l’article 33 des mesures d’application du statut des eurodéputés. Les deux employés concernés, Catherine G. et Thierry L., ont disparu du site du parlement européen depuis vendredi, ont constaté les deux médias français à l’origine de ces révélations.

Pourtant, le Front national, qui n’a pas répondu aux sollicitations de nos confrères hexagonaux, crie à la manipulation depuis le début des révélations qui avaient mis en doute l’utilisation des fonds européens par le parti d’extrême-droite: «Dernière trouvaille de Valls l’enragé», avait ainsi tweeté le numéro 2 du parti Florian Philippot dès mars 2015, «aller chercher papa Schulz (le président du parlement européen, ndlr) et monter une affaire bidon!#AuxAbois».

Toujours est-il que Martin Schulz lui-même s’est fendu d’une lettre à la ministre de la Justice française de l’époque, Christiane Taubira, que Mediapart s’est procurée, mentionnant «une possible utilisation frauduleuse de fonds européens» et pointant des «salaires versés à des assistants qui ne compenseraient pas un travail effectif pour le Parlement et pourraient financer de façon indue les activités d’un parti politique».

Du coup, la justice française est, elle aussi, aux trousses de l’appareil frontiste. Elle a lancé une enquête préliminaire pour «abus de confiance» concernant les salaires des eurodéputés du Front National pour la période couvrant 2010 à 2016. C’est l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) qui a hérité du dossier.

Fidèle à ses coups d’éclat, le Front National, qui annonce d’ores et déjà deux référés dans cette affaire, a dénoncé le fonctionnement du gendarme de l’Union européenne qui le met en cause aujourd’hui. L’avocat belge de Marine Le Pen, Ghislain Dubois conteste ainsi cette autorité: «Les procédés de l’exécutif du parlement, ceux de l’OLAF, dont l’indépendance est une pantalonnade […]».

(nxp)