Gouvernance sanitaire au Sénégal : L’iniquité territoriale

 

 

Par Justin GOMIS – La couverture sanitaire au Sénégal reste encore un problème de santé publique. Telle est la conviction de Tamba Danfakha, qui animait un dialogue organisé hier par l’Association des journalistes en santé, population et développement (Ajspd) sur le thème de la gouvernance sanitaire, en collaboration avec Ibp (International Budget Partnership). D’après lui, «c’est au niveau de la gouvernance que se pose le véritable problème de la santé au Sénégal». A l’en croire, 36% des professionnels de la santé se trouvent à Dakar. Et le reste est réparti dans les autres régions du pays, avec beaucoup de disparités. A cela s’ajoute la difficulté financière. Avec 6 millions de personnes actives, l’Etat n’emploie que 200 mille dont 54% ne perçoivent pas un salaire supérieur à 50 mille francs. Au-delà des problèmes que cela peut entraîner, le coach-formateur en efficacité soutient que le Sénégal n’a pas augmenté sa productivité depuis les indépendances, contrairement aux pays développés. Le Sénégal est aussi bon dernier sur la production sociale et la production professionnelle, parce que nous ne produisons pas beaucoup. Une situation consécutive à des manquements notés au niveau de l’offre de services. M. Danfakha ajoute : «Plus vous avez de l’argent, plus vous êtes en bonne santé. La meilleure manière d’être en bonne santé, c’est d’avoir des projets.» Avant de montrer aussi le faible engagement citoyen, le népotisme et la corruption qui sévissent dans le pays.
Cependant, il admet que le système de santé est assuré par des stratégies qui donnent beaucoup de satisfaction. «Il y a beaucoup de choses qui ont été faites au Sénégal depuis l’indépendance. Aujourd’hui, ce qu’il faut faire, c’est corriger certaines inégalités au niveau territorial. On se rend compte qu’il y a des zones qui ont plus que d’autres en termes de services et d’offres de santé. Mais globalement, le plateau médical est bon», a-t-il soutenu. Mais, pour apporter des corrections dans ce secteur de la santé, Tamba Danfakha estime que les députés ont un rôle fondamental à jouer en orientant le budget vers la santé. «Les députés aujourd’hui sont en mesure d’exiger plus du gouvernement. Ils doivent se battre davantage pour qu’on puisse exiger du gouvernement de faire de la santé une priorité. Parce que si les gens ne sont pas en bonne santé, ils ne vont tout simplement pas travailler. Et s’ils ne travaillent pas, le pays n’avance pas. Ils doivent à la fois être convaincants par rapport au gouvernement et veiller au contrôle du budget», assure-t-il.
Il invite également les autorités à aller plus loin. «Quand le budget sera voté, il faudra veiller à ce qu’ils vérifient sur le terrain si réellement cet argent-là a été destiné aux populations ou il a été gaspillé. Ils ont les moyens légaux de punir les ministres qui ne vont pas exécuter les budgets correctement», a-t-il ajouté. A son avis, ne serait-ce que du point de vue de notre objectif, le gouvernement devrait pouvoir augmenter les dépenses en santé publique pour permettre que les gens puissent travailler et produire plus. «Si la productivité du pays n’est pas assurée, le pays ne va pas avancer», a-t-il remarqué.
‎Pour sa part, Matèle Sow, chargée des programmes à l’Ong Ibp (International Budget Partnership) Sénégal, pense qu’une meilleure gouvernance sanitaire doit être juste et inclusive, avec une dominance participative qui inclut les acteurs communautaires. «Nous pensons que pour que la gouvernance soit impactante, il faut que tous les acteurs qui évoluent dans le système de santé, notamment au niveau local, puissent avoir accès aux sphères de décisions dans les systèmes de gouvernance sanitaire. Les «Badiénu gox», les relais communautaires, les autres acteurs Ocd ont vraiment un rôle prépondérant à jouer dans le fonctionnement de la santé.»
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