Le Jour de l’An, qui coïncide avec la fête de la Sainte Mère de Dieu dans le calendrier liturgique, est aussi la Journée mondiale de la paix célébrée depuis 58 ans. Une journée de prières et d’actions pour le retour de la paix dans tous les endroits marqués par des conflits et des guerres.
Dans le diocèse de Ziguinchor, monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga depuis son ordination épiscopale ne cesse de multiplier des appels et les sorties pour le retour de la paix en Casamance qui passe par le pardon, la réconciliation et des célébrations dans les zones autrefois secouées par la crise.
Après Diongol, dans l’extrême nord du département de Bignona, Mgr Manga était à Youtou, village frontralier de la Guinée-Bissau, dans le sud de la Basse-Casamance dans la commune de Sanhiaba Manjack, pour y célébrer la Journée mondiale de la paix hier le 1er janvier 2026.
Rappel historique de la journée mondiale de la paix et la portée du message du Pape Léon XIV
À Youtou, l’évêque a rappelé que c’est à l’initiative du pape Paul VI qu’en 1968, l’Église a célébré la première Journée mondiale de la paix. Depuis lors, le premier jour de chaque année est l’occasion pour le pape d’adresser un message de paix aux chrétiens et à tous les hommes et femmes de bonne volonté.
Monseigneur Manga est aussi revenu sur le message du pape Léon XIV intitulé “La paix soit avec vous, vers une paix désarmée et désarmante”. “Nous nous souvenons que les premières paroles du pape Léon, juste après son élection, ont été celles-là : ‘La paix soit avec vous.’ Ce sont les premières paroles de Jésus lui-même adressées à ses apôtres le jour de sa résurrection. Les apôtres s’étaient enfermés par peur après la violence qui a conduit leur maître à la mort sur la croix. Jésus ressuscité vient leur redonner confiance en leur disant : ‘La paix soit avec vous.’
“En nous adressant ces paroles au début de son pontificat et à l’occasion de son premier message pour la Journée mondiale de la paix, le pape Léon nous invite à la confiance malgré toutes les situations angoissantes de notre monde”, a rappelé le prélat de Ziguinchor.
Poursuivant, Mgr Manga explique que le pape compare “la paix à la lumière et la guerre aux ténèbres”. Le pape Léon XIV invite ainsi à nouer une amitié indissoluble avec la paix partout dans le monde et appelle à une ouverture à la paix, à l’accueillir et à la reconnaître plutôt qu’à la considérer comme lointaine et impossible.
Pour une génération de paix
L’évêque de Ziguinchor invite aussi à travailler et à bâtir une génération de paix, après plus de quarante ans de conflit. Car rien ne doit décourager ou nuire à la volonté d’aller vers une paix définitive et durable en Casamance.
Monseigneur Jean-Baptiste Manga revenant sur le choix de Youtou après Diongol l’année dernière, explique : “Nous sommes passés du nord de l’extrême nord à l’extrême sud de notre Basse-Casamance pour transmettre le même message : celui de la paix. Le même message que celui du jour de mon ordination.”
“Nous avons été la génération de la guerre. Il faut que s’élève maintenant la génération de la paix” rappelant que quand le conflit casamançais a éclaté en 1982, il avait 10 ans. Et ce vécu concerne des milliers de compatriotes : “Beaucoup sont loin, sont ailleurs, ont eu des enfants qui ne connaîtront jamais peut-être leur terre. Il faut maintenant que s’élève une génération de la paix.”
“La longueur du conflit casamançais peut nous lasser, on peut se fatiguer d’appeler à la paix (mais) le pape nous invite à la persévérance, à continuer à rechercher la paix”, a-t-il poursuivi dans son adresse.
Comme le pape, l’évêque invite à adopter une autre voie pour imiter la paix désarmée et désarmante du Christ ressuscité. Celui qui avait dit à Pierre lors de son arrestation : “Rends ton épée dans ton fourreau.”
Jésus a désarmé Pierre, dit Mgr Manga, pour montrer que la paix ne passera pas par les armes. Elle passera par le pardon. La paix, ce n’est pas faire peur à l’autre.
Une volonté manifeste de l’Église à la paix, à la réconciliation des cœurs et au pardon
L’historien Nouha Cissé, membre du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC), dont le Robert Sagna en est le président, a magnifié l’engagement de l’Église dans le processus de la paix.
Rappelant le contexte mondial marqué par des crises et des violences extrêmes qui nuisent à une volonté de paix mondiale, et que les grandes puissances censées être les gardiennes et garantes de cette paix mondiale, par le principal rôle qui leur avait été dévolu à la Conférence de San Francisco en 1945, sont désormais les grands fauteurs de troubles.
L’Ukraine victime de l’expansionnisme russe. L’Amérique du président Trump qui bande ses muscles dans la mer des Caraïbes, le détroit de Panama, après une expédition punitive hallucinante contre l’Iran et qui donne une caution tacite à la quasi-destruction de Gaza et au malheur du peuple palestinien. La Chine qui accroît sa menace sur Taïwan par des exercices militaires multipliés autour de l’île. L’Afrique, marquée par des guerres d’une rare violence au Soudan en République démocratique du Congo. L’extrémisme violent qui dessine ses empreintes au Sahel et qui est aux portes du Sénégal. Autant d’exemples cités par Nouha Cissé.
C’est dans ce contexte que le Sénégal sort d’un long conflit qui, bien que de basse intensité, avait fini d’être harassant et lancinant. C’est le conflit de Casamance que certains désignent sous le vocable de “conflit du Sénégal en Casamance”, selon le professeur Nouha Cissé.
Pour lui, “L’église de Casamance n’a eu de cesse depuis l’éclatement de ce conflit de s’investir pleinement par ses ressources diverses, mais surtout par ses prêches orientés vers la pacification des cœurs et des esprits. Le génie propre des communautés de notre région, sous votre guide éclairé, a accédé aux ferventes prières adressées partout. Sous votre bienveillante sagesse et l’écoute attentive des communautés, la paix s’installe progressivement dans notre pays et avec elle, les efforts d’insertion et de réinsertion, aussi bien des réfugiés de retour que des combattants et hommes consentis au dépôt des armes”.
Cependant, des zones d’ombre subsistent. “L’existence de zones non encore dépolluées constitue une grosse préoccupation de communautés encore sous la hantise des mines, cette arme redoutable appelée l’arme des lâches. Il y a également un climat politique délétère dans notre pays, climat qui constitue une source de grande inquiétude telle que le pays semble fracturé”, a souligné le Pr. Cissé.
En signe de cette paix retrouvée dans la localité de Youtou et ailleurs au Sud, un lâcher de colombes par des enfants a symbolisé la journée. Les enfants qui sont notre avenir et notre espérance, a dit Mgr Manga qui invite à leur permettre de déployer tout le potentiel que Dieu a mis en chacun d’eux. “Un potentiel qui est pour toute l’humanité et que l’insécurité et la guerre empêchent de manifester”.
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