La sortie médiatique du Directeur général de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS), Pape Alé Niang, continue de susciter de vives réactions au sein de l’entreprise publique. Dans une mise au point conjointe rendue publique ce 2 janvier 2026 à Dakar, le SYNPICS et le SYNPAP, syndicats représentatifs des travailleurs de la RTS, dressent un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle de la maison audiovisuelle nationale.
Les deux organisations syndicales disent réagir « avec gravité et responsabilité » à une déclaration diffusée sur les antennes mêmes de la RTS, qu’elles jugent marquée par « une posture défensive, des insinuations menaçantes et une série de contrevérités ». Loin de toute volonté de polémique, affirment-elles, leur objectif est de « rétablir la vérité » et d’alerter l’opinion publique sur ce qu’elles qualifient de dérive managériale préoccupante.
Le véhicule de fonction, une « diversion »
Première mise au point : le débat autour du véhicule de fonction du Directeur général. Selon le SYNPICS et le SYNPAP, cette question n’a jamais été au cœur de leurs revendications. Ils estiment que M. Niang tente de déplacer le débat vers un registre personnel et émotionnel, occultant l’essentiel.
Le véritable problème, selon eux, réside dans la gestion globale du parc automobile de la RTS. Des dizaines de véhicules, acquis sur fonds publics, seraient aujourd’hui immobilisés, sans affectation claire, exposés aux intempéries et promis à une dégradation avancée. Un « laisser-aller » qui traduirait, aux yeux des syndicats, une absence de vision stratégique et un mépris des règles élémentaires de gestion du patrimoine public.
Une gouvernance jugée autoritaire et opaque
Les syndicats dressent ensuite un tableau sombre de la gouvernance actuelle. Depuis sa prise de fonction, le Directeur général aurait instauré, selon eux, un mode de gestion « solitaire, opaque et clientéliste ».
Ils évoquent notamment l’attribution de certains marchés publics dans des conditions jugées non transparentes, citant le cas du « Village de la CAN », confié, selon eux, à un proche du Directeur général. Autre grief majeur : la transformation de l’ancienne maison de la RTS, lieu symbolique de l’histoire de l’institution, en un second bureau personnel, alors même que de nombreux agents manqueraient d’espaces de travail décents.
Le SYNPICS et le SYNPAP dénoncent également l’éviction de cadres expérimentés, de journalistes reconnus et de techniciens chevronnés, remplacés par des profils jugés moins compétents mais perçus comme plus dociles. Une situation qui, selon eux, démoralise les équipes et affaiblit la qualité du service public audiovisuel.
Dialogue social rompu et libertés syndicales menacées
Sur le plan social, les syndicats parlent d’un climat délétère. Ils accusent le Directeur général de refuser le dialogue avec les représentants des travailleurs, de ne pas respecter les engagements issus de l’accord d’entreprise et de mépriser les revendications légitimes du personnel.
Plus grave encore, l’interdiction faite aux syndicats de tenir un point de presse dans les locaux de la RTS est qualifiée de « violation flagrante » des libertés syndicales garanties par la Constitution, le Code du travail et les conventions internationales. Une décision « sans précédent » qui traduirait, selon eux, une volonté de museler les voix discordantes.
Confusion sur les obligations de l’employeur public
Les syndicats reprochent également à Pape Alé Niang d’entretenir une confusion entre les subventions de l’État et les obligations découlant de l’accord d’entreprise. Ils rappellent que cet accord constitue un engagement contractuel qui s’impose à la direction, indépendamment des arbitrages budgétaires publics. En le remettant en cause, le Directeur général chercherait, selon eux, à se soustraire à ses responsabilités d’employeur.
Un appel solennel aux autorités
Face à ce qu’ils considèrent comme des menaces à peine voilées, les syndicats se disent déterminés à ne céder ni à l’intimidation ni à la peur. Ils réaffirment leur mission : défendre les droits des travailleurs, préserver l’éthique du journalisme public et protéger l’avenir de la RTS.
Dans leur déclaration, le SYNPICS et le SYNPAP lancent un appel solennel aux autorités de tutelle — le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de la Communication — ainsi qu’à l’opinion publique. « La RTS est un bien commun, un patrimoine national, et non une propriété privée », rappellent-ils, plaidant pour une gouvernance « exemplaire, transparente et inclusive ».
Les deux syndicats concluent en réaffirmant leur attachement au dialogue social, tout en prévenant qu’ils ne transigeront jamais sur les principes de justice, de mérite, de transparence et de respect des agents. Un message ferme, qui annonce des jours de tension persistante au sein de l’audiovisuel public sénégalais.
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