Souvent tabou, le suicide demeure peu abordé dans le débat public au Sénégal. Dans cet entretien réalisé par le Centre hospitalier national psychiatrique de Thiaroye, le Dr Rokhaya Ndoye, psychologue clinicienne, apporte un éclairage sur la définition du suicide, les chiffres au Sénégal, les signes d’alerte à surveiller et les pistes de prévention.
Définition et chiffres du suicide
« Quand on parle de suicide, on fait référence à une souffrance psychique intense et durable », explique le Dr Rokhaya Ndoye. Une souffrance qui s’installe dans le temps, s’accumule, et donne à la personne concernée l’impression d’être face à une impasse, sans solution possible.
Selon elle, « très souvent, les personnes qui passent à l’acte cherchent avant tout à mettre fin à leur souffrance, et non à leur vie ».
À l’échelle mondiale, on dénombre environ 730 000 décès par suicide chaque année, soit près de 9 personnes pour 100 000 habitants. Au Sénégal, les chiffres sont comparables, avec un taux estimé entre 9,2 et 9,4 pour 100 000 habitants, ce qui représenterait environ 900 cas par an.
Les signes d’alerte à ne pas ignorer
Les signes d’alerte liés au suicide peuvent être regroupés en plusieurs catégories, notamment comportementales et verbales.
Parmi les plus fréquents figurent :
-L’isolement social, un retrait progressif de la vie sociale ;
-La perte d’intérêt pour des activités auparavant appréciées ;
-Des changements soudains de comportement, comme des accès de colère ou d’irritabilité inhabituels.
Le langage constitue également un indicateur important. « Des propos comme “je ne sers à rien”, “personne ne tient à moi”, “je suis bon à rien” doivent alerter », souligne la psychologue. Cette autodévalorisation répétée est un signal fort à prendre au sérieux.
Enfin, le Dr Ndoye insiste sur l’attention à porter aux changements subtils, parfois silencieux : un retrait discret, une modification progressive de l’attitude, une présence de plus en plus effacée.
La prévention du suicide
Pour le Dr Rokhaya Ndoye, la prévention commence par un principe fondamental : ne pas rester seul avec sa souffrance. « Lorsqu’on accompagne une personne en détresse, il faut avant tout écouter, laisser le discours se déployer à son rythme, sans minimiser, sans dramatiser et sans interpréter hâtivement », explique-t-elle. Elle met en garde contre des phrases comme “ça va passer”, “ce n’est rien” ou encore “tu n’es pas assez croyant”, qui peuvent renforcer le sentiment d’incompréhension. L’écoute implique aussi d’accepter les silences et la douleur exprimée, avant d’orienter la personne vers un service de santé mentale habilité à l’accompagner. Consciente des limites des ressources disponibles, le Dr Ndoye rappelle qu’« on ne peut pas mettre un psychologue derrière chaque personne en souffrance ». D’où l’importance de former des acteurs de première ligne : professionnels de santé, personnel judiciaire, forces de sécurité, enseignants, leaders religieux, mais aussi les familles et les enfants. Citant son mentor Serigne Mor Mbaye, elle plaide pour « un vaste programme d’éducation parentale, au cœur duquel la prévention du suicide pourrait être durablement ancrée ».
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