Passeports fantômes et cachets diplomatiques : plongée dans l’“usine à faux” qui embarrasse la République

 

C’est une affaire aux allures de roman noir judiciaire qui s’est invitée, ce mardi, devant la barre du tribunal. Selon L’Observateur, Aly Cissé, commerçant âgé de 56 ans, a comparu pour des faits de trafic massif de documents administratifs, révélant l’existence d’un réseau de falsification d’une ampleur rare, aux ramifications internationales.

Arrêté à Tivaouane-Peulh, le prévenu semblait mener une vie ordinaire. Pourtant, derrière cette façade discrète se cachait une véritable officine clandestine de contrefaçon, spécialisée dans les faux passeports, cachets diplomatiques et documents administratifs sensibles. Le 7 août 2025, l’étau judiciaire se resserre : mandat de dépôt pour association de malfaiteurs, escroquerie et faux en écritures publiques authentiques, rapporte L’Observateur.

Un inventaire digne d’un film d’espionnage

À la barre, le juge dresse un inventaire qui glace l’assistance. Selon les révélations de L’Observateur, les gendarmes ont saisi trois passeports, des piles d’actes d’état civil, des en-têtes du ministère des Finances, des cachets d’ambassades occidentales et africaines, ainsi que des agréments pour la vente d’or. Plus troublant encore, des tampons dateurs et antidateurs de consulats français, espagnols et argentins, sans oublier des cachets de la police des frontières de Madrid et Lisbonne.

Face à cet arsenal de faux, Aly Cissé vacille mais adopte une défense audacieuse. Il reconnaît la falsification, tout en rejetant l’accusation d’escroquerie. Son objectif, affirme-t-il, était d’« aider » des Sénégalais travaillant dans les champs en Espagne. « Je leur vendais les documents entre 40 000 et 50 000 FCfa pour qu’ils puissent les présenter aux agents de contrôle », confie-t-il, selon L’Observateur.

Des tarifs précis et des échanges compromettants

Les révélations se poursuivent. Pour les permis de conduire et les cartes nationales d’identité, les prix grimpaient jusqu’à 70 000 FCfa, comme l’attestent des échanges WhatsApp avec un certain D. Dieng, versés au dossier. Interrogé sur la provenance de ses supports vierges et sur son savoir-faire technique, le prévenu choisit le silence. À la question du juge — « Qui sont vos complices ? » — aucune réponse.

Exaspéré, le magistrat finit par le rappeler à l’ordre : « Vous discréditez les institutions de la République devant les représentations diplomatiques étrangères », rapporte L’Observateur. Un rappel d’autant plus sévère que le passé judiciaire d’Aly Cissé pèse lourd : déjà condamné en 2020 pour des faits similaires, il admet s’être replongé dans le faux dès 2019.

Un réseau structuré selon le parquet

Pour le procureur, le doute n’est pas permis. La récidive est avérée et l’enquête met en lumière un réseau organisé, avec notamment un certain « Boy-Diop », qui ferait parvenir des documents depuis Saint-Louis. « La récidive ne s’amende pas », tranche le représentant du ministère public, qui requiert cinq ans de prison ferme ainsi que la confiscation de tout le matériel de contrefaçon, selon L’Observateur.

La défense plaide l’homme brisé

La défense, assurée par Me Aly Ndiaye, tente de humaniser l’accusé. L’avocat décrit un homme malade, ruiné et dépassé, loin du portrait du grand faussaire international. « S’il était riche, sa famille n’aurait pas peiné à réunir mes honoraires », plaide-t-il. Selon lui, Aly Cissé n’était qu’un intermédiaire maladroit, animé par un désir d’aider des compatriotes en difficulté en Europe.

Affaibli, la voix cassée, le prévenu exprime ses regrets et implore la clémence du tribunal. En vain. Le parquet reste inflexible. Le délibéré est attendu pour le 24 février, conclut L’Observateur.

 

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