L’audience s’est tenue dans une atmosphère décrite comme électrique devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Versailles. Au cœur des débats qui animent l’actualité judiciaire entre Paris et Dakar, le sort du journaliste Madiambal Diagne, sous le coup d’une demande d’extradition formulée par les autorités sénégalaises.
Si le Parquet général français a pris une position claire en faveur du renvoi de l’intéressé, la défense a riposté en soulevant des irrégularités techniques et des motifs politiques qui pourraient invalider l’ensemble de la démarche.
“Des accusations contestées sur la forme et le fond”
Visé par un mandat d’arrêt international pour des faits présumés de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux, Madiambal Diagne fait face à une procédure initiée par le Pool judiciaire financier sur la base d’un rapport de la Centif. Cependant, selon les informations rapportées par Le Quotidien, les avocats de la défense, Maîtres William Bourdon et Vincent Brengarth, ont concentré leur plaidoirie sur la nullité de la procédure d’extradition elle-même.
Le point central de leur argumentation repose sur une violation supposée de la Convention bilatérale de 1974. La défense relève que la demande d’extradition a été signée par un juge d’instruction, alors que les textes exigeraient une signature émanant du gouvernement sénégalais. À ce vice de forme s’ajouterait l’absence de tampon officiel attestant de la réception régulière du dossier par le ministère de la Justice français.
Outre ces aspects procéduraux, les conseils du journaliste dénoncent le caractère « vague et lacunaire » des faits reprochés. Ils soulignent que, malgré un supplément d’information ordonné par la Cour, aucune précision n’a été fournie concernant le rôle exact de M. Diagne dans les flux financiers incriminés ni sur les dates précises des agissements.
“La thèse de la « vendetta politique”
Au-delà de la technique juridique, la défense a plaidé la thèse d’une instrumentalisation de la justice. Dans un mémoire de plus de 40 pages, les avocats inscrivent cette procédure dans un contexte de règlement de comptes politique, liant les poursuites à la proximité du journaliste avec l’ancien Président Macky Sall et à son ton critique envers l’actuel gouvernement. Ils évoquent notamment les pressions subies par sa famille, citant les arrestations de son épouse et de ses fils comme des moyens de coercition.
Les conditions de détention au Sénégal ont également été mises en avant pour s’opposer au transfert. S’appuyant sur des rapports d’organisations internationales comme l’ONU et Amnesty International, la défense a alerté sur les risques de traitements inhumains et de détention arbitraire, prenant pour exemple le cas de Mabintou Diagne, maintenue en détention malgré une pathologie cardiaque avant d’obtenir une liberté sous bracelet électronique.
Malgré ces arguments, le Procureur général a requis un avis favorable à l’extradition. La Cour d’appel de Versailles a mis sa décision en délibéré et rendra son verdict le 3 mars prochain.



