Le front social s’embrase dans le secteur de l’éducation. Suite aux ponctions effectuées sur les salaires des enseignants en janvier, le Secrétaire général de l’Organisation des instituteurs du Sénégal (Ois), Babacar Mbaye Ngaraf, sort l’artillerie lourde. Entre accusations de «sabotage» et appel à l’unité de combat, le leader syndical récuse toute logique de victimisation et prépare la riposte judiciaire.
«Ce ne sont pas des ponctions, mais du vol.» C’est un cri du cœur et de colère qu’a lancé Babacar Mbaye Ngaraf. Pour lui, les prélèvements opérés sur les revenus des enseignants, oscillant entre 50 mille et plus de 200 000 F Cfa, dépassent le cadre légal de la ponction pour fait de grève. «On ne pleurniche pas sur les ponctions, cela ne va que doper la détermination jusqu’à la victoire finale», martèle-t-il, qualifiant l’acte de «vol caractérisé».
Le leader de l’Ois annonce déjà une bataille juridique imminente : un dossier solide est en cours de constitution pour attaquer le gouvernement devant les autorités compétentes, dénonçant l’irrégularité de ces coupes budgétaires qui ne concernent que le seul mois de janvier.
Deux poids, deux mesures : le «sabotage» de l’école
Ngaraf ne décolère pas face au train de vie de l’Etat, qu’il juge en total décalage avec les sacrifices demandés au corps enseignant. «Alors que vous gardez vos avantages, achetez des véhicules aux députés et indemnisez des casseurs, vous demandez aux enseignants de serrer la ceinture», dénonce-t-il avec amertume. Pour lui, cette attitude ressemble à un «acte de sabotage» orchestré contre l’école publique sénégalaise. Face à ce qu’il qualifie de politique de «diabolisation» et d’«épreuve de force», le Sg de l’Ois prévient le gouvernement : «Ça ne passe pas.»
Le constat du syndicaliste est sans appel : les élections de représentativité, censées rationaliser les négociations, ont abouti à un affaiblissement de la lutte. Pour contrer ce qu’il appelle l’option de la «confrontation» et des «coups de poing» choisie par les autorités au détriment du dialogue, Ngaraf appelle à briser les barrières corporatistes avec le «renforcement de la lutte syndicale». «Que les syndicats (G7, G20 ou G50) se libèrent de leurs ego et sortent de leurs carcans», dit-il. Pour lui, il «faut un bloc» monolithique puisque les plateformes revendicatives sont identiques.
«Les enseignants ont mal dans leur chair», conclut-il, rappelant que seule une unité syndicale totale permettra de faire face à un Etat qui a fermé la porte aux discussions franches. «Le gouvernement a montré son option : la confrontation et les coups de poing, en lieu et place des discussions franches. Dans cette épreuve de force, il faut créer les conditions d’avoir beaucoup de force. Il faut une unité syndicale, que les gens se libèrent de leurs ego, sortent de leurs carcans. Nous avons les mêmes plateformes et les mêmes revendications.»
lequotidien.sn



