Transports routiers : vers une grève générale ? Les révélations de Gora Khouma après sa rencontre avec le ministère

 

À Dakar, les tensions persistent dans le secteur du transport routier. À l’issue d’une rencontre de concertation organisée par le ministère des Transports, Gora Khouma, secrétaire général de l’Union des routiers du Sénégal, a exprimé les préoccupations des acteurs du secteur. Une réunion tenue en l’absence du ministre Yancoba Diémé , représenté pour l’occasion par son secrétaire général. Face aux autorités de tutelle, les syndicats de transporteurs ont exposé un ensemble de revendications longtemps restées sans réponse. « Nous avons vidé notre sac. Nous étions dans l’obligation de le faire », a déclaré Gora Khouma. Si les acteurs saluent l’ouverture au dialogue, ils restent prudents quant aux suites concrètes. « Je ne peux pas dire que nous avons eu une satisfaction totale. Nous avons été écoutés, maintenant l’État doit réfléchir et agir ».

Au cœur des doléances figure la question des contrôles routiers jugés excessifs. Les transporteurs dénoncent la multiplication des postes de contrôle, les lenteurs qu’ils engendrent, et leur impact sur la rentabilité du secteur. « Nous ne sommes pas contre les contrôles. Mais il y a trop de postes, aussi bien en zone urbaine que hors urbaine ». Ils appellent ainsi à une réduction significative de ces dispositifs pour garantir à la fois sécurité et fluidité.

Un décret présidentiel ignoré

Autre point de crispation : le non-respect d’un décret limitant à trois le nombre de postes de contrôle sur certains corridors. « On applique un arrêté, mais on bafoue un décret. Cela pose un véritable problème de cohérence de l’État », a fustigé Gora Khouma. Le responsable syndical interpelle directement les autorités : soit appliquer rigoureusement le décret, soit l’abroger clairement pour éviter toute ambiguïté. Pour tenter de trouver une issue, les discussions ont débouché sur la proposition de mise en place d’un comité ad hoc. Ce cadre de concertation élargi devrait « associer plusieurs ministères (Transports, Intérieur, Forces armées, Finances), servir de tableau de bord pour le suivi des engagements, et produire des solutions opérationnelles » selon M. Khouma.

Il cite les pistes évoquées qui sont, entre autres, une période d’évaluation de six mois pour certaines mesures, la révision de certaines restrictions horaires, et une meilleure organisation du transport urbain et interurbain. Les transporteurs ont également soulevé la question des tarifs, restés inchangés depuis près de deux décennies. « Depuis 2008, il n’y a pas eu de révision des tarifs. Cela crée des tensions dans les gares et des incompréhensions entre conducteurs et passagers. » Une actualisation apparaît, selon eux, indispensable pour rétablir l’équilibre économique du secteur.

Une grève en ligne de mire

Malgré une note d’optimisme, le ton reste ferme. Les transporteurs préviennent que l’absence de réponses concrètes pourrait conduire à une paralysie du secteur. « Si rien n’est fait, nous serons dans l’obligation d’aller en grève. ». Pour l’heure, ils disent accorder un délai raisonnable aux autorités pour traduire les discussions en actions. « Entre dysfonctionnements structurels, pression économique et attentes sociales fortes, le transport routier sénégalais est à un tournant. La mise en place effective du comité ad hoc et la capacité des autorités à apporter des réponses rapides seront déterminantes pour éviter une montée des tensions dans un secteur vital pour l’économie nationale », conclut-il.

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