Kédougou : Accès à la justice et prévention des violences basées sur le genre : Le «Village de l’égalité» rapproche la justice des femmes et des filles

A l’occasion du Mois de la femme 2026, le «Village de l’égalité» a fait escale à Kédougou pour transformer les textes de loi en réalité concrète. Portée par Onu-Femmes, l’Unfpa et Affaires mondiales Canada, cette initiative itinérante offre aux femmes et aux filles de la région minière, un accès inédit à des consultations juridiques gratuites et des services de prise en charge des violences. Entre sensibilisation et action directe, l’événement vise à briser le silence et à garantir que les droits fondamentaux ne soient plus un luxe, mais une protection accessible à toutes.

Dans le cadre du Mois de la femme 2026, les Nations unies ont déployé à Kédougou une plateforme itinérante offrant consultations juridiques et soutiens psychosociaux. Sous le thème «Droits, justice, action», cette initiative vise à briser l’isolement des populations vulnérables dans une région marquée par les défis de l’exploitation minière. Oumou Diallo, jeune activiste locale, repart du Centre de formation professionnelle de Kédougou avec une certitude nouvelle. «Le procureur a insisté : tout attouchement non consenti est un viol. Mon corps m’appartient, j’ai le droit de dire non», confie-t-elle. Comme elle, des centaines de femmes et de filles ont convergé, ce lundi 30 mars, vers le «Village de l’égalité», un espace d’accueil et d’orientation inédit.

Organisé par Onu-Femmes et le Fnupa (Unfpa), en partenariat avec Affaires mondiales Canada et la Société civile, l’événement marque la troisième étape d’une caravane nationale, après Ziguinchor et Kolda. L’objectif est clair : transformer les textes de loi en réalité tangible pour celles qui en sont le plus éloignées. Une réponse à l’urgence sociale en zone minière. Kédougou, unique région minière du Sénégal, attire plus de 30 000 ressortissants étrangers sur ses sites d’orpaillage. Ce brassage démographique intense s’accompagne d’une recrudescence des Violences basées sur le genre (Vbg), avec un taux de prévalence atteignant 21, 4% selon les enquêtes de 2024. «Les violences s’accentuent avec le brassage des cultures», alerte Aliou Ba­khoum, de l’Ong La Lumière. «Tant que les femmes ne savent pas qui peut les appuyer, rien ne changera.»

La justice à portée de main
Au cœur du village, la Boutique de droits de l’Asso­ciation des juristes sénégalaises (Ajs) ne désemplit pas. Marième Diarra Traoré, juriste, y propose une «justice de proximité» : rédaction d’actes juridiques (plaintes, mémoires, requêtes), assistance judiciaire gratuite avec commission d’avocats, soutien financier pour les certificats médicaux et la prise en charge psychosociale. Malgré cette gratuité, le poids des traditions reste un frein. «Elles ont peur du qu’en-dira-t-on familial», explique Mme Traoré. «Notre rôle est de leur dire que nous ne jugeons pas, nous disons le Droit.»

Pour les représentantes des Nations unies, ce dispositif répond à un constat amer : l’arsenal juridique sénégalais est solide, mais méconnu. «Il faut disséminer l’information pour que les femmes puissent utiliser ce dispositif», martèle Arlette Mvondo, représentante d’Onu-Femmes au Sénégal. De son côté, Tracey Hebert-Seck, représentante de l’Unfpa, appelle à une accélération de l’action en 2026 : «Investir dans une femme est l’acte le plus intelligent qu’une Nation puisse faire. On ne peut progresser en laissant la moitié de la population de côté.»

Salué par les autorités locales, représentées par le Préfet El Hadj Malick Sémou Diouf, le «Village de l’égalité» se veut plus qu’un événement ponctuel : c’est un appel à l’action collective pour que le slogan «Droits. Justice. Action.» devienne, pour chaque habitante de Kédougou, une protection quotidienne.