En pleine campagne pour diriger le monde, il fallait bien commencer par régler d’abord les affaires du pays. Alors, sans gants mais avec un certain sens du service après-vente, l’ancien locataire du Palais a tendu, sourire diplomatique aux lèvres, une belle patate chaude à ses successeurs : « abrogez la loi, et on verra ». En termes plus clairs, «allumez la lumière… mais attention à ce que vous pourriez découvrir dans la pièce».
Dans la République où les lois naissent parfois avec une clause “retour à l’expéditeur”, voilà donc l’amnistie transformée en boomerang juridique. Hier bouclier, aujourd’hui projectile. Et au milieu, une majorité confortable, 130 sièges bien rembourrés, sommée de choisir entre mémoire et matelas.
Le paradoxe est savoureux. Ceux qui réclamaient la vérité héritent d’une clé… qui ouvre toutes les portes, y compris celles qu’ils n’ont peut-être pas envie de pousser. Car abroger, c’est convoquer les fantômes de 2021-2024 à la barre, sans filtre, sans montage, sans narrateur officiel. Un direct sans prompteur, où chacun peut reconnaître n’importe quelle silhouette.
Pendant ce temps, l’ancien chef de l’État plaide non coupable avec la sérénité de celui qui connaît bien le dossier — pour l’avoir classé lui-même. « Qui a fait quoi ? », lance-t-il. Question simple, réponse explosive. On dirait presque une invitation… ou un défi.
Au fond, tout le monde s’accorde. Il faut avancer. Mais au Sénégal, avancer ressemble souvent à un exercice de haute voltige : marcher droit… tout en évitant de regarder derrière. Parce que parfois, dans le rétroviseur, ce n’est pas le passé qu’on voit. C’est un futur qui attend son heure.
seneweb.com



