Risque de crise institutionnelle : l’appel de la société civile et des syndicats

 

Réunies au sein d’un vaste collectif, les Forces vives de la Nation expriment leur vive inquiétude face au bras de fer qui oppose la présidence de la République et l’Assemblée nationale. Elles réclament le retour au «temps du Droit» et s’en remettent à l’arbitrage du Conseil constitutionnel pour préserver la paix civile.

Par Justin GOMIS – Le Sénégal traverse une séquence politique et institutionnelle d’une gravité exceptionnelle. C’est le constat alarmant dressé ce mercredi 10 juin 2026 par un important collectif d’acteurs de la Société civile, de centrales syndicales (Cnts, Cntas/Fc Csa, Unsas), d’organisations comme Pacte (Plateforme des acteurs de la société civile pour la transparence des élections), Pf Ane (Plateforme des acteurs non étatiques), Fss (Forum social sénégalais), Gradec (Groupe de recherche et d’appui conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance), Enda Graf Sahel et Legs Africa, d’universitaires et d’intellectuels. A travers un «Appel au respect de l’Etat de Droit», ces Forces vives tirent la sonnette d’alarme face à des turbulences qui menacent directement la stabilité républicaine.

A l’origine de cette surchauffe politique : le limogeage du Premier ministre, suivi de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, et l’apparition de profonds désaccords entre la majorité parlementaire et le président de la République sur la formation du nouveau gouvernement. Cette situation a déplacé le cœur du débat politique vers l’Hémicycle, créant une configuration institutionnelle totalement inédite dans l’histoire du pays. Le Sénégal se retrouve ainsi marqué par un face-à-face tendu entre le chef de l’Etat, garant de la Constitution, et le président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’Etat. Au centre des crispations juridiques, figure notamment la régularité de la procédure ayant permis la réintégration du député Ousmane Sonko au sein du Parlement, ainsi que la validité de son élection subséquente à la tête de l’institution.

Face au risque de voir le pays replonger dans les conflits politiquesdramatiques des années passées, les signataires exhortent les acteurs politiques à la retenue. «Dans un Etat de Droit, de telles questions ne sauraient être tranchées ni par les passions partisanes, ni par le rapport de force politique, encore moins par les pressions de la rue», martèle le texte. Le collectif estime que le recours introduit par une partie de l’opposition constitue une démarche salutaire de clarification. Il demande instamment que le Conseil constitutionnel dispose du temps et de la sérénité nécessaires pour dire le Droit avant toute accélération de l’agenda parlementaire.

Un appel au dialogue dans un contexte régional fragile
Au-delà de la scène politique interne, l’appel rappelle que le Sénégal doit composer avec un environnement international incertain et de lourdes tensions géopolitiques et sécuritaires dans la sous-région sahélienne. Les fragilités économiques et sociales qui en découlent imposent, selon les signataires, de faire prévaloir l’intérêt supérieur de la Nation sur toute autre considération.
Le collectif invite le président de la République à initier de nouvelles concertations pour désamorcer la crise et appelle l’ensemble des Forces vives, y compris les autorités religieuses et coutumières, à se mobiliser pour préserver l’unité nationale et la primauté du Droit.
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