Huit ans déjà que Bruno Diatta disparaissait, laissant derrière lui une carrière exceptionnelle au cœur de l’État. Décédé le 21 septembre 2018, à 69 ans, le chef du protocole de la Présidence avait consacré plus de quatre décennies au service de la République. De Senghor à Macky Sall, il aura accompagné quatre chefs de l’État, traversant les alternances sans jamais quitter l’ombre du protocole.
Le 21 septembre 2018, la nouvelle tombe et bouleverse le Palais. Bruno Diatta vient de s’éteindre alors qu’il devait accompagner le président Macky Sall au Mali, pour assister à l’investiture d’Ibrahim Boubacar Keïta, réélu à la tête du pays. Les premières informations de la presse font état d’un malaise survenu à l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor, alors que le chef de l’État s’apprêtait à prendre l’avion.
Quelques jours plus tard, lors de la cérémonie d’hommage national, Macky Sall apportera une précision sur les circonstances du décès. Dans son oraison funèbre, il indique que Bruno Diatta s’est éteint le vendredi 21 septembre « à son domicile, parmi les siens ». Le chef de l’État souligne également que son collaborateur, souffrant depuis quelque temps, avait continué à travailler jusqu’à ses derniers jours. Deux jours avant sa disparition, le 19 septembre, il avait encore installé le Conseil des ministres.
Quarante ans au cœur de la République
Né le 22 octobre 1948 à Saint-Louis, Bruno Diatta entre au Palais de la République en juin 1978. L’année suivante, il prend la tête du protocole présidentiel, fonction qu’il conservera pendant plusieurs décennies. Selon les archives de la presse sénégalaise, il aura servi successivement Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall.
Formé à l’École nationale d’administration, dont il sort major de sa promotion en 1973, il s’impose progressivement comme une figure incontournable du cérémonial républicain. Son rôle consistait notamment à orchestrer les déplacements, les visites officielles, les cérémonies et les rencontres diplomatiques du chef de l’État.
Mais au-delà des apparats et du cérémonial, c’est surtout sa longévité qui aura marqué les esprits. Bruno Diatta a traversé les régimes et les alternances en restant à son poste, avec une discrétion devenue sa marque de fabrique. Seneweb rappelle ainsi qu’il a accompagné quatre présidents entre 1979 et 2018.
La discrétion comme signature
À sa disparition, les témoignages avaient convergé vers les mêmes mots : discrétion, loyauté, rigueur, professionnalisme et sens de l’État. Pour Aly Ngouille Ndiaye, alors ministre de l’Intérieur, Bruno Diatta « incarnait l’Homme d’Etat dans toute sa plénitude ». Il rappelait notamment que le défunt avait servi quatre chefs de l’État tout en demeurant particulièrement discret sur ce qu’il avait pu voir et entendre au sommet de l’État.
Cette réserve avait contribué à forger le personnage. Très présent lors des cérémonies officielles, il était pourtant peu disert dans l’espace public. Une présence familière aux côtés des présidents, mais une personnalité qui cultivait soigneusement la distance avec les projecteurs.
Un hommage national
Le 27 septembre 2018, quelques jours après sa disparition, la République lui rend un hommage national. Dans son oraison funèbre, Macky Sall évoque la perte d’un « collaborateur émérite » au parcours exceptionnel et insiste sur les 41 années passées par Bruno Diatta au protocole de la Présidence.
L’hommage prend alors une dimension particulière : celui qui avait passé sa vie à organiser les cérémonies officielles se retrouvait, pour la première fois, au centre d’un cérémonial qu’il n’avait pas conçu lui-même. Une ironie du destin relevée par Macky Sall dans son discours.
Huit ans après, le nom de Bruno Diatta reste associé à une période particulière de l’histoire administrative et institutionnelle du Sénégal. Celle d’un homme qui aura fait du protocole un métier, de la discrétion une règle et de la continuité de l’État une ligne de conduite.
En reconnaissance de ses bons et loyaux services, et pour l’offrir en exemple aux générations actuelles et futures, la Salle du Conseil des ministres et le Grand Amphithéâtre de l’École nationale d’Administration portent son nom.
A.N / Lesoleil.sn /



