France: Une marche blanche contre l’antisémitisme.

 

Une marche à Paris et des rassemblements dans d’autres villes se tiendront mercredi en mémoire de Mireille Knoll, une octogénaire juive dont le meurtre a provoqué une vive émotion et jeté une lumière crue sur le niveau inquiétant de l’antisémitisme en France.

Deux hommes ont été mis en examen et écroués pour «homicide volontaire» à caractère antisémite après la découverte vendredi dernier du corps de cette femme juive, frappé de 11 coups de couteau et en partie carbonisé dans son appartement incendié.

Mireille Knoll, 85 ans, a été tuée à Paris, cette ville qu’elle avait fuie avec sa mère en 1942, échappant de justesse à la plus grande rafle de juifs en France durant la Seconde guerre mondiale. «Il y a un constat terrifiant: ce que les nazis n’ont pas pu faire, des malfrats, des voyous l’ont fait avec la même haine», a déclaré à l’AFP le grand rabbin de France, Haïm Korsia.

Appel à l’ensemble des Français

Un an après la mort, dans le même XIe arrondissement de l’est de la capitale, de Sarah Halimi, frappée puis défenestrée par un voisin, ce nouveau meurtre d’une femme juive a scandalisé bien au-delà des rangs communautaires.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), rejoint par de très nombreuses associations, a appelé à une «marche blanche» à partir de 16h30 GMT pour rallier le domicile de la victime. «Cet appel s’adresse à l’ensemble des Français car l’antisémitisme, aujourd’hui, n’est pas l’affaire des juifs, c’est l’affaire de la France», a souligné le président du Crif, Francis Kalifat, dans une vidéo.

De très nombreux partis politiques seront représentés. Mais ni la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon ni l’extrême droite de Marine Le Pen, qui souhaitaient se joindre au cortège, «ne seront les bienvenus», a écrit M. Kalifat.

A la même heure, des rassemblements de soutien à la famille de la victime sont prévus dans au moins six grandes villes (Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg et Grenoble).

«Ne rien laisser passer»

A l’issue de la «marche blanche» parisienne, le Consistoire israélite accueillera une cérémonie de recueillement en mémoire de Mireille Knoll à la synagogue des Tournelles, dans le coeur historique de la capitale.

Signe de la mobilisation affichée par le gouvernement sur ce dossier, le Premier ministre Edouard Philippe recevra dans l’après-midi des membres de la famille de la victime «pour leur exprimer sa sympathie, mais surtout notre ferme détermination à ne rien laisser passer».

Bien qu’en baisse, le nombre d’actes antisémites reste élevé en France où la minorité juive, qui représente moins de 1% de la population, est la cible d’un tiers des faits de haine recensés. Et les actions les plus violentes augmentent.

La piste d’un vol

Depuis 2006 et l’assassinat du jeune Ilan Halimi, «onze juifs ont été assassinés parce que juifs», a souligné auprès de l’AFP l’historien Marc Knobel. «C’est un antisémitisme qui s’explique par la jalousie, des frustrations, la montée des préjugés et l’image que certains peuvent avoir du conflit israélo-palestinien», a-t-il relevé, évoquant une haine due aussi «à l’islamisme, au jihadisme».

D’après des sources proches de l’enquête, les policiers privilégient la piste d’un vol ayant ciblé l’octogénaire, qui vivait pourtant très modestement, avant de virer au meurtre pour des raisons qui restent à éclaircir. Mais le parquet puis le magistrat instructeur ont retenu le caractère antisémite au vu des déclarations des suspects, dont l’un a accusé l’autre d’avoir crié «Allah Akbar» en commettant les faits.

Le grand rabbin de France se réjouit que la circonstance aggravante ait été d’emblée portée au dossier, plutôt que de «donner le sentiment qu’on veuille étouffer l’affaire». «Quand il y a un faisceau d’indices qui accrédite une présomption d’antisémitisme, il faut la retenir, quitte à ce que l’enquête démonte les choses par la suite», fait valoir Haïm Korsia.

(nxp/afp)