France: Obsèques des victimes de l’attentat de Trèbes

 

«Il faut que ça s’arrête»: habitants et proches des victimes étaient rassemblés jeudi dans le sud-ouest de la France pour les derniers hommages et les obsèques des quatre personnes tuées par le djihadiste Radouane L., après un hommage national au «sacrifice» d’un colonel de gendarmerie qui a bouleversé toute une nation.

Thierry Lefranc fait partie des centaines de personnes qui se sont rassemblées, en cette matinée froide et ensoleillées, sur la place d’armes de Trèbes, petite ville paisible à une dizaine de kilomètres de la cité médiévale de Carcassonne (sud-ouest), où un hommage est rendu avec salut au drapeau, Marseillaise, dépose de fleurs et minute de silence.

«Dans les grandes villes, on voit ça (des attentats) mais on ne s’attendait pas à ce que ça arrive dans un petit village», souligne M. Lefranc, qui connaissait bien le boucher tué par le djihadiste lors des attentats de vendredi. Les corbillards sont alignés face à la place et des anciens combattants portent le drapeau tricolore.

«L’esprit français de résistance»

Edouard Philippe, accompagné des ministres de l’Intérieur Gérard Collomb et de la Justice Nicole Belloubet, assistera aux cérémonies de Trèbes, au lendemain de l’hommage national rendu mercredi à Paris au colonel Arnaud Beltrame, qui a donné sa vie pour sauver une otage et incarne, selon les mots du président Emmanuel Macron, «l’esprit français de résistance».

Radouane L. a d’abord tué Jean Mazières, 61 ans, viticulteur à la retraite. Le petit délinquant radicalisé l’a abattu dans une voiture stationnée sur un terrain boisé de Carcassonne. Le conducteur, de nationalité portugaise, a été atteint d’une balle dans la tête. Il est toujours dans un état grave.

Le tueur de 25 ans, qui se revendique du groupe Etat islamique, s’est ensuite rendu au supermarché Super U de Trèbes et a tué immédiatement près des caisses un employé, Christian Medves, 50 ans, chef boucher d’origine italienne, père de deux filles, bon vivant et sportif accompli, ainsi qu’un client, Hervé Sosna, 65 ans, maçon à la retraite.

Après l’hommage de Trèbes, les deux ministres, cette fois sans le Premier ministre, se rendront à Carcassonne pour visiter l’Espace d’information et d’accompagnement des victimes avant d’assister à la messe des obsèques du colonel Arnaud Beltrame à la cathédrale Saint-Michel.

Agé de 44 ans, marié sans enfant, le colonel Beltrame s’était substitué à une otage dans le supermarché, laissant son téléphone ouvert pour aider les forces de l’ordre. Il a été mortellement blessé au cou par Radouane L., abattu lors de l’assaut du GIGN, unité d’élite de la gendarmerie.

«Grandeur»

«Sa grandeur a sidéré la France», a déclaré mercredi Emmanuel Macron devant le cercueil du gendarme recouvert d’un drapeau français, en présence de plus de 1200 invités et du gouvernement au complet à Paris. Ses obsèques seront célébrées dans l’après-midi à Ferrals, dans les Corbières (sud-ouest), où il résidait.

Jeudi après-midi, la ministre de la Justice se rendra enfin au tribunal de Carcassonne pour rencontrer, lors d’une visite hors presse, les magistrats, notamment l’avocat général référent radicalisation et les représentants de l’association locale d’aide aux victimes.

Concernant l’enquête, la compagne du tueur, Marine P., une convertie de 18 ans, également radicalisée, a été inculpée mardi soir pour «association de malfaiteurs terroristes en vue de préparer des crimes d’atteintes aux personnes» et incarcérée provisoirement.

Les enquêteurs ont en revanche libéré un jeune de 17 ans, présenté comme un ami de Radouane L., faute «d’élément l’incriminant à ce stade».

(nxp/afp