Kamel Matmati, un membre du mouvement islamiste Ennahdha alors réprimé par le régime Ben Ali, a été arrêté le 7 octobre 1991 à Gabès et torturé à mort en prison peu après. Sa famille le considère comme disparu faute d’avoir pu récupérer son corps.
Sept ans et demi après la révolution, le procès s’est ouvert dans une salle comble, mais en l’absence des accusés, a constaté une journaliste de l’AFP. Des tentes ont été dressées devant le tribunal et plus de 150 personnes ont manifesté avant l’ouverture, scandant «Non à l’impunité», «Justice équitable = pays sécurisé».
Outre Ben Ali, exilé en Arabie saoudite, treize accusés dont son ministre de l’Intérieur Abdallah Kallel et Mohamed Ali Ganzoui, ancien chef de la Sûreté, sont poursuivis pour homicide, torture ou disparition forcée.
«La vérité va être dévoilée»
«Nous voulons que ceux qui l’ont tué, torturé, soient jugés», a déclaré l’épouse du disparu, Latifa. «Nous sommes passés par des années terribles. Le plus dur est de ne pas avoir sa dépouille (…). Mais il y a une joie aujourd’hui, parce que finalement la vérité va être dévoilée», a-t-elle ajouté.
Ben Ali et certains piliers de son régime policier ont déjà été condamnés à des années de prison dans des procès menés immédiatement après la révolution de 2011. Ces derniers ont toutefois été critiqués pour leur approche expéditive et parfois politique.
Depuis, l’Instance Vérité et Dignité (IVD) a été laborieusement mise en place en 2014 pour rendre justice aux victimes de la répression sous les régimes ayant suivi l’indépendance et des troubles post-Révolution. Elle a le mandat d’enquêter sur des viols, meurtres, tortures ou faits de corruption entre 1955 et 2013, de faire entendre voire indemniser les victimes et de préconiser des mesures pour que cela ne se reproduise plus.
Justice transitionnelle
Treize tribunaux spécialisés ont été créés. Le procès de mardi est le premier dans ce processus de justice transitionnelle. Il a été instruit par l’IVD qui a apporté notamment des documents manuscrits montrant l’implication des plus hauts responsables de l’Etat.
L’IVD, qui joue un rôle crucial dans la transition démocratique, a reçu plus de 62’000 dossiers, et renvoyé à ce jour 32 cas aux tribunaux spécialisés. Critiquée pour sa lenteur, l’instance a fait face à des réticences politiques avec le retour au pouvoir de responsables de l’ancien régime, mais aussi à des différends internes et au manque de coopération d’organes étatiques.
(nxp/ats)



