Une dizaine d’Etats américains, dont la Californie, Washington et le New Jersey, vont poursuivre l’administration Trump pour sa politique migratoire après la séparation de milliers de familles entrées illégalement sur le territoire américain, a annoncé jeudi le procureur général de l’Etat de Washington. «C’est une politique aberrante, cruelle et anticonstitutionnelle» et «nous allons y mettre un terme», a déclaré Bob Ferguson dans un communiqué.
Plus de 2300 enfants et adolescents ont été séparés de leurs parents depuis début mai après l’arrestation de ces derniers pour avoir illégalement traversé la frontière avec le Mexique. Face à l’indignation mondiale suscitée par cette politique et au malaise au sein-même de son parti, Donald Trump a signé mercredi un décret mettant fin à ces séparations. L”incertitude demeure toutefois sur le sort des mineurs arrachés à leurs parents et sur la façon dont ils pourront être réunis.
M. Ferguson a dénoncé «l’incertitude» et le «chaos» créés par la politique de séparation des familles, mais aussi par le décret signé mercredi qui «cherche à détenir de manière indéfinie les enfants et leurs parents et continue à poursuivre pénalement les demandeurs d’asile».
«Conditions inhumaines et horribles»
Le responsable dénonce aussi les «conditions inhumaines et horribles» dans les centres de détention de la police de l’immigration et des frontières, et s’insurge contre le manque de contact –parfois pendant des semaines– entre les mères et les enfants dont elles ont été brusquement séparées à la frontière.
Parmi les Etats qui se sont associés à la plainte figurent le Massachusetts, le Maryland, le Nouveau Mexique, la Pennsylvanie, l’Iowa et l’Illinois. Bob Ferguson a dit s’attendre à ce que d’autres les rejoignent. L’Etat de Washington est l’un de ceux qui se sont montrés le plus agressifs, aux côtés de la Californie et de New York, contre l’administration du président républicain Donald Trump, engageant notamment des poursuites contre le décret migratoire empêchant l’entrée sur le territoire américain des ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane («travel ban»).
L’administration Trump a de son côté poursuivi la Californie pour sa politique d’Etat «sanctuaire», à savoir refusant de coopérer avec les autorités migratoires au sujet de sans-papiers n’ayant pas commis de crimes sérieux.
Des associations dénoncent le «chaos» à la frontière mexicaine
«Chaos», impréparation: débordées, plusieurs associations qui tentent de réunir parents et enfants de migrants séparés à la frontière mexicaine ont dénoncé jeudi la désorganisation de l’administration Trump face aux besoins criants des familles.
Plusieurs responsables d’associations ont souligné que malgré le revirement américain, les autorités n’avaient mis en place aucun processus pour réunir les familles déjà séparées. «Nous n’avons vu aucune preuve qu’un système avait été mis en place par le gouvernement pour s’assurer que les familles communiquent entre elles ou sont réunies», a indiqué Wendy Young, décrivant un «processus chaotique».
Du coup, les enfants attendent dans des conditions déplorables, a souligné Alan Shapiro, un pédiatre qui s’est rendu dans plusieurs centres pour enfants pour l’Académie américaine de pédiatrie. Il dit avoir vu des enfants «qui n’arrivent plus à parler», d’autres devenus incontinents ou prostrés. M. Shapiro s’est dit aussi «extrêmement inquiet» après avoir vu des enfants enfermés dans des conditions «très dures», «dans des cages où il fait froid, la nourriture est mauvaise et les soins médicaux sommaires».
La situation est «très confuse, avec des instructions et des informations contradictoires fournies même aux agents du gouvernement», a souligné de son côté Michelle Brane, responsable à la Women’s Refugee Commission. «C’est un nouvel exemple de la façon dont fonctionne ce gouvernement, qui fait une grande annonce sans aucun plan pour la mettre en oeuvre, ajoutant au chaos sur le terrain», a-t-elle souligné.
(nxp/afp)



