A la base, un constat: le nombre d’étudiants se formant dans les technologies de l’intelligence artificielle n’est pas assez élevé pour couvrir les besoins mondiaux, estimés à 250’000 personnes d’ici 2026. De plus, ces talents sont pour la plupart captés par les GAFA (les géants du web, à savoir Google, Apple, Facebook et Amazon), dès l’obtention de leur diplôme, avec des salaires mirobolants (dans la Silicon Valley, aux USA, ils avoisinent d’entrée les 200’000 dollars annuels). Les PME suisses ne profitent donc pas ou peu de leurs compétences.
Pour y remédier, l’institut de recherche octodurien Idiap a imaginé une formation différente de celles imparties dans les universités et hautes écoles. S’inspirant du modèle de l’apprentissage dual «à la suisse», ce master présenté à la presse mardi matin propose aux étudiants de travailler à plein temps dans une entreprise, tout en bénéficiant du soutien d’une équipe d’experts de l’Idiap et de cours spécialisés. «Leur première mission sera, avec notre aide, de détecter les potentiels de développement des entreprises. Puis, dans un deuxième temps, de les concrétiser», explique François Foglia, directeur adjoint de l’Idiap, à l’origine du projet.
Des avantages des côtés
Ainsi, l’étudiant et l’entreprise sont contractuellement liés dès le départ. «De cette façon, nous espérons enrayer le phénomène des fuites vers les GAFA, puisque le jeune aura déjà été intégré dans une société et qu’il aura un fort ancrage local. De plus, puisque l’entreprise finance sa formation, l’étudiant devra lui rester fidèle trois ou quatre ans, sous peine de devoir la rembourser», détaille le directeur adjoint.
Ce système présente également un autre avantage non négligeable. «Le jeune percevant un salaire (au minimum 3000 francs par mois, soit 36’000 francs par an), il n’a pas besoin d’aller bosser au McDo ou ailleurs pour subvenir à ses besoins. Il peut donc se concentrer pleinement sur les tâches comprises dans son cahier des charges», poursuit François Foglia. Et, d’un autre côté, cela permet aussi à l’entreprise de développer des projets à moindre coût. «Pour un spécialiste fraîchement diplômé, le salaire varie de 80’000 à 105’000 francs par an, en Suisse», avance le directeur adjoint.
Des postes et des candidats d’horizons variés
La formation, dont la première volée débutera en février, durera 18 mois, au terme desquels un diplôme reconnu internationalement sera délivré par UniDistance. Pour l’heure, sept postes sont annoncés. «Les branches concernées sont très variées, allant du tourisme à la production d’énergie, en passant par l’agriculture ou les chaînes de production», estime François Foglia.
Du côté des candidats, les profils sont également de provenance diverses. «Si ce master s’adresse en premier lieu aux étudiants qui viennent de terminer un bachelor en informatique, nous visons un spectre bien plus large pour autant que la personne aient de bonnes connaissance en mathématiques. D’ailleurs, nous sommes aussi en contact avec des gens travaillant déjà pour des entreprises telles que Nespresso ou Syngenta. Mais dans tous les cas, des postes seront créés, le collaborateur devant forcément être remplacé à son poste actuel par quelqu’un d’autre», conclut François Foglia.
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