L’attaque survenue contre la base aérienne principale du Niger, située dans l’enceinte de l’aéroport international Diori Hamani, fait l’objet de lectures divergentes entre les revendications djihadistes et la position officielle de la junte. Alors que les autorités militaires de Niamey ont rapidement orienté leurs accusations vers des puissances étrangères et régionales, une organisation armée vient officiellement d’endosser la responsabilité de l’opération via ses canaux de communication habituels.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, le groupe État islamique (EI) a revendiqué l’assaut par l’intermédiaire de son agence de propagande, Amaq. Le communiqué évoque une « attaque surprise et coordonnée » menée contre les installations militaires proches de la capitale, affirmant avoir causé des « dégâts importants ». Cette version contraste avec le bilan fourni par le gouvernement de transition, qui fait état de vingt assaillants tués et de quatre soldats blessés lors des affrontements survenus peu après minuit jeudi.
Cette revendication intervient dans un contexte où le général Abdourahamane Tiani, à la tête du pays depuis la prise de pouvoir en 2023, a désigné d’autres coupables. Lors d’une intervention à la télévision nationale, le dirigeant a directement accusé la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire d’avoir « parrainé » cette attaque, sans toutefois présenter de preuves matérielles immédiates à l’appui de ces allégations. Il a par ailleurs affirmé que l’un des assaillants abattus était un ressortissant français.
La réaction du Bénin ne s’est pas fait attendre. Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement béninois, a rejeté ces accusations, qualifiant les propos du général Tiani d’« inepties ». Ces tensions diplomatiques s’inscrivent dans la rupture consommée entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et leurs anciens partenaires occidentaux, au profit d’un rapprochement stratégique avec Moscou.
Le général Tiani a d’ailleurs profité de cette allocution pour remercier les troupes russes stationnées sur la base pour leur rôle dans la « défense de leur secteur ». L’aéroport de Niamey, situé à une dizaine de kilomètres du palais présidentiel, revêt une importance stratégique majeure : il abrite non seulement des emprises militaires, mais également un important stock d’uranium, au cœur d’un contentieux de nationalisation avec la société française Orano.



