Frappes croisées entre les États‑Unis, Israël et l’Iran : le risque d’un embrasement régional

 

 

Les États-Unis et Israël ont mené samedi une série de frappes contre l’Iran, le diffuseur public israélien rapportant que le guide suprême avait été visé, alors que la République islamique ripostait par des salves de missiles, faisant craindre un embrasement régional.

Au moins 51 personnes ont été tuées dans une école du sud de l’Iran, selon la télévision d’État citant un responsable local.

Des explosions ont été signalées dans plusieurs villes du Golfe, abritant notamment des bases américaines, et de nombreux pays de la région ont fermé leur espace aérien, entraînant une annulation des vols en série vers le Moyen-Orient.

Une opération baptisée « Fureur épique »
Baptisée « Fureur épique », l’opération américaine vise à « éliminer des menaces imminentes » de l’Iran, a affirmé le président Donald Trump.

« L’heure de votre liberté est à portée de main », a-t-il lancé au peuple iranien depuis sa résidence de Palm Beach en Floride.

« Quand nous aurons terminé, emparez-vous du pouvoir, ce sera à vous de le faire », a-t-il dit dans un message vidéo.

« Aux membres des Gardiens de la Révolution islamique, aux forces armées, et à toute la police, je dis aujourd’hui que vous devez déposer les armes et avoir une immunité totale ou, dans le cas contraire, faire face à une mort certaine », a ajouté Donald Trump.

« Lion rugissant » côté israélien

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a confirmé une « opération » conjointe, baptisée côté israélien « Lion rugissant », contre la « menace existentielle que fait peser le régime terroriste en Iran ».

L’armée israélienne a ensuite indiqué avoir frappé « des centaines de cibles militaires iraniennes », visant plusieurs réunions de hauts responsables iraniens à Téhéran.

Ces frappes continueront « aussi longtemps que nécessaire », selon une source sécuritaire.

L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien, et le président Massoud Pezeshkian figurent parmi les cibles visées, a rapporté la radio-télévision publique israélienne KAN.

Fortes détonations à Téhéran

À Téhéran, plusieurs fortes détonations ont été entendues par des journalistes de l’AFP.

Des panaches de fumée s’élèvent dans le centre, l’est et l’ouest de la capitale, où des ambulances ont été envoyées.

Tandis que des habitants se précipitent chez eux pour se mettre à l’abri, des parents paniqués tentent au contraire de récupérer leurs enfants à l’école.

De nombreux embouteillages se sont formés dans le centre et de longues files devant les boulangeries.

D’après l’agence de presse Isna, le quartier Pasteur, où se trouve notamment la résidence du guide suprême et la présidence, dans le centre de Téhéran, ont été visés.

Des explosions ont également touché selon les médias iraniens les villes d’Ispahan, Qom, Karaj, Kermanshah, Minab, Lorestan et Tabriz, aux quatre coins du pays.

Riposte iranienne et tensions dans la région

À Jérusalem et dans plusieurs régions d’Israël, des explosions ont été entendues par des journalistes de l’AFP.

Les sirènes d’alerte antiaériennes ont retenti, l’armée assurant avoir détecté des tirs de missiles en provenance d’Iran.

Les autorités ont instauré un « état d’urgence spécial et immédiat » et fermé l’espace aérien aux vols civils.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé le lancement d’une « première vague d’attaques massives » contre Israël.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Aragchi, a qualifié de « cibles légitimes » l’ensemble des sites impliqués dans des opérations contre l’Iran.

Frappes et explosions dans le Golfe

Des explosions ont aussi été entendues à Ryad et à Abou Dhabi, et des bases américaines visées à Manama et à Doha.

Les Émirats arabes unis ont dit avoir intercepté des missiles iraniens, et le Qatar a indiqué avoir « repoussé » plusieurs attaques visant son territoire.

La Jordanie a déclaré avoir abattu deux missiles balistiques visant le royaume.

Au moins une personne a été tuée dans la capitale émiratie par des débris de missiles, selon le ministère de la Défense.

Les États-Unis avaient auparavant demandé à leur personnel diplomatique et à leurs ressortissants dans le Golfe de « se mettre à l’abri ».

Irak et Syrie également touchés

En Irak, un bombardement visant la base militaire de Jurf al-Sakher (sud), abritant un groupe pro-iranien, a tué au moins deux combattants et fait cinq blessés, selon des sources proches du groupe armé Kataëb Hezbollah.

Dans le sud de la Syrie, la chute d’un missile iranien a fait quatre morts, d’après Damas.

Appels internationaux à la désescalade

Les réactions diplomatiques ont afflué.

Moscou a dénoncé une « aventure dangereuse » qui menace la région de « catastrophe ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à une « retenue maximale ».

« L’escalade dangereuse pour tous » doit « cesser », a renchéri le président français Emmanuel Macron.

L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, et le dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed ben Salmane, ont livré un message similaire, appelant à un « retour à la table » des négociations.

L’Union africaine (UA) a exhorté à une « désescalade urgente » pour éviter « d’aggraver l’instabilité mondiale ».

Le fils du dernier chah d’Iran, renversé en 1979 par la Révolution islamique, s’est dit confiant dans la « victoire finale » contre le régime, affirmant vouloir « reconstruire l’Iran ».

Contexte de tensions persistantes

En juin 2025, Israël et l’Iran s’étaient livré une guerre de 12 jours. Les États-Unis s’étaient joints à l’offensive israélienne en bombardant trois sites nucléaires iraniens.

De nouvelles tensions sont apparues après la répression en janvier d’un vaste mouvement de contestation d’Iraniens.

Washington avait jusqu’à présent privilégié la voie diplomatique, tout en maintenant la pression militaire sur Téhéran avec le déploiement d’une importante force aéro-navale dans le Golfe puis l’envoi en Méditerranée du plus gros porte-avions du monde, le Gerald Ford.

Mais Donald Trump s’était dit vendredi mécontent des négociations menées depuis début février.

Accusant Téhéran, qui dément, de vouloir se doter de la bombe atomique, les États-Unis insistent pour une interdiction totale d’enrichissement d’uranium, tandis que l’Iran défend son droit au nucléaire civil.

Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d’aborder.

Avec AFP