L’affaire opposant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) à la société espagnole AEE Power EPC connaît un rebondissement. Un document inédit, daté du 13 mai 2024 et signé de Baba Diallo, alors directeur général de l’ASER, vient compliquer la lecture des responsabilités dans ce dossier impliquant près de 37 milliards de FCFA.
Dans cette correspondance adressée à Samba Fall, Directeur de l’Ordonnancement et des Dépenses publiques (DODP), Baba Diallo demande expressément la suspension « jusqu’à nouvel ordre » de la procédure de paiement des avances au profit d’AEE Power EPC SAU, en référence au marché T0296/24 du 23 février 2024. La lettre, référencée 24/317/DG/fd, précise que les demandes de paiement avaient été transmises à la DODP par courriers du 22 mars 2024.
Or, selon les éléments disponibles, les décaissements auraient été effectués le 11 juin 2024, soit six jours après le départ de Baba Diallo de la direction de l’ASER, intervenu le 5 juin 2024, et près d’un mois après l’envoi de sa demande de suspension. Son successeur, Jean Michel Sène, n’a pris ses fonctions que le 10 juillet 2024, laissant ainsi une période d’intérim au cœur du dossier. Interrogé dimanche lors d’une émission spéciale diffusée sur Walf TV, Seneweb et Xalat TV, Jean Michel Sène a réaffirmé sa position : « Je suis arrivé le 10 juillet 2024, alors que le contrat avait déjà été signé et approuvé le 23 février 2024. »
La question qui s’impose désormais est celle-ci : comment des décaissements ont-ils pu intervenir alors qu’une demande formelle de suspension avait été transmise à l’autorité compétente ? Qui a ordonné, ou laissé passer, ces paiements pendant la période de transition à la tête de l’ASER ?
Ce rebondissement intervient dans un contexte déjà tendu. Lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 13 juin 2026, le député et président de la République des valeurs (Rv), Thierno Alassane Sall, avait accusé AEE Power EPC d’avoir détourné une part substantielle des fonds destinés à un projet d’électrification rurale financé à hauteur de 140 millions d’euros par Banco Santander avec la garantie de l’État espagnol. S’appuyant sur des documents bancaires obtenus dans le cadre d’une procédure judiciaire ouverte en Espagne, l’ancien ministre de l’Énergie soutient qu’environ 56 millions d’euros ont été virés vers plusieurs pays et comptes sans lien apparent avec l’exécution du projet. Il reproche par ailleurs aux autorités sénégalaises d’avoir tardé à réagir malgré les alertes émises dès septembre 2024 par Banco Santander et l’assureur espagnol Cesce, dénonçant une « complicité consciente et délibérée » de certains responsables publics.
Thierno Alassane Sall a annoncé son intention de transmettre l’ensemble des documents bancaires au Pôle judiciaire financier de Dakar afin de compléter une plainte déposée en octobre 2025. Il a par ailleurs indiqué avoir reçu une convocation de la Section de recherches de la gendarmerie, devant laquelle il devait se présenter lundi à 16 heures.
L’affaire ASER–AEE Power EPC est loin de connaître son épilogue.
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