Soutenir la restauration du Parc National de Niokolo-Koba : comment l’UICN mène des actions de conservation.

 

Avec le soutien de l’Union européenne et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), l’UICN travaille avec le gouvernement sénégalais pour renforcer la conservation de l’un des paysages protégés les plus importants d’Afrique : le Parc National de Niokolo-Koba, site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Grâce à des outils fondés sur la science, la conservation des espèces, la gestion des aires protégées et l’engagement communautaire, cette collaboration contribue à préserver la biodiversité tout en améliorant les moyens de subsistance des communautés qui dépendent de ces écosystèmes.

Un refuge pour la faune sauvage menacée d’Afrique de l’Ouest

Couvrant près d’un million d’hectares de savanes, forêts, rivières et zones humides, le parc national borde des rives du fleuve Gambie et abrite une faune très riche. On y trouve des élands de Derby (les plus grandes des antilopes), des chimpanzés, des lions, des léopards, des éléphants, ainsi que de nombreux oiseaux, reptiles et amphibiens.

Au cours de la dernière décennie, le parc est devenu un symbole de reprise de la conservation. Autrefois confronté à de graves déclins causés par le braconnage, les activités illégales et la dégradation de l’habitat, Niokolo-Koba a été retiré de la liste du patrimoine mondial en danger en 2024 à la suite d’efforts de conservation importants menés par le Sénégal, les membres de l’UICN et les experts de la Commission UICN. 

Guider l’action à travers l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN

En tant que conseiller officiel pour la nature auprès de la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’UICN surveille régulièrement le statut de conservation des sites du patrimoine mondial. L’Analyse de l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN 2025 a évalué les perspectives de conservation du site comme étant une « préoccupation majeure », identifiant plusieurs priorités d’action : renforcer le suivi écologique, réduire le braconnage et l’utilisation illégale des ressources, contrôler les espèces envahissantes, améliorer la gestion des feux de brousse, répondre aux pressions liées à l’exploitation minière et à l’expansion agricole, et renforcer la gouvernance tant au sein du parc que dans les paysages gérés par la communauté environnante. 

L’UICN a également reconnu des signes encourageants de rétablissement du parc. La présence accrue des gardes forestiers et le renforcement des patrouilles couvrant près de la moitié du parc en 2025 ont contribué à stabiliser les populations de faune, tandis que les inventaires systématiques réalisés à l’aide des pièges photographiques  ont confirmé des tendances positives pour des espèces telles que le buffle, l’antilope rouanne, le bubale, le lion et le lycaons. Ces résultats fournissent une base scientifique pour la planification et l’investissement en conservation.

L’Analyse de l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN 2025 a évalué les perspectives de conservation du site du patrimoine mondial du Parc National de Niokolo-Koba comme étant « Préoccupation élevée», une amélioration par rapport au statut « critique » relevé en 2014, 2017 et 2020. Source : UICN

Renforcer les capacités locales grâce à BIOPAMA

Une contribution majeure à la restauration de ce paysage unique est venue du programme BIOPAMA, une initiative conjointement mise en œuvre par l’UICN et le Centre commun de recherche de la Commission européenne avec le soutien financier de l’Union européenne.

Le projet visait à renforcer les capacités de la Direction des Parcs Nationaux du Sénégal (DPN) à mener des inventaires exhaustifs et standardisés de la faune et les conditions de l’habitat. Avant ces efforts, les gestionnaires de parcs dépendaient souvent d’un soutien externe pour obtenir des informations écologiques. Le projet a permis de doter le personnel d’outils, de capacités techniques et de méthodologies nécessaires pour le suivi à long terme de la biodiversité et la prise de décision fondée sur des preuves.

En 2024, Panthera, la DPN et la Société Zoologique de Londres ont mené l’une des plus grandes études de suivi de la faune jamais réalisées dans une aire protégée d’Afrique. Les équipes ont déployé plus de 400 pièges photographiques à travers le parc, parcourant près de 2 000 kilomètres dans des conditions difficiles. L’étude génère des informations cruciales sur la répartition et l’abondance des mammifères à travers le paysage tout en collectant simultanément des données sur les activités illégales et les menaces pour la conservation. 

Ces efforts soutiennent directement l’une des priorités clés identifiées par l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN : établir des systèmes robustes de surveillance écologique capables de guider la gestion adaptative et de mesurer le succès de la conservation.

Amélioration des moyens de subsistance d’environ 250 000 personnes

Le Parc National Niokolo-Koba se trouve au cœur du complexe Niokolo–Badiar Dulombi–Boé, un important corridor écologique s’étendant sur le Sénégal, la Guinée et la Guinée-Bissau avec près de 30 000 km². Bien que l’amélioration de la protection ait aidé les populations fauniques à commencer à se rétablir, de nombreux habitats continuent d’être affectés par la dégradation, les espèces végétales envahissantes et les pressions humaines. Les efforts de restauration au niveau du paysage sont donc essentiels pour garantir que les gains de conservation puissent être durables sur le long terme.

L’UICN assure la coordination des efforts  de onze partenaires de mise en œuvre du Programme intégré pour la conservation, la valorisation économique et la résilience transfrontalière du paysage Niokolo-Badiar-Dulombi-Boé (PICVERT), financé par l’Union européenne dans le cadre de l’Initiative NaturAfrica, qui vise à concilier la conservation de la biodiversité, la gouvernance des ressources naturelles et le développement de filières d’économie verte. En renforçant les institutions, en soutenant les chaînes de valeur durables et en renforçant la coopération transfrontalière, le programme vise à assurer la protection à long terme des écosystèmes tout en améliorant les moyens de subsistance d’environ 250 000 personnes.

Un nouveau chapitre : l’initiative FEM-8

La dernière initiative en date à être sécurisée dans le portefeuille d’actions de l’UICN est un projet du 8e cycle programmatique du Fonds pour l’environnement mondial (FEM-8). En effet, en juin 2026, le FEM a approuvé 1,26 million de dollars US pour un nouveau soutien visant à renforcer la conservation de la biodiversité, la restauration des écosystèmes et la résilience communautaire à travers le paysage de Niokolo-Koba. 

Mis en œuvre par l’UICN et exécuté par la Direction des Parcs Nationaux du Sénégal, le projet vise à restaurer 3 000 hectares d’écosystèmes dégradés, à améliorer la gestion de près de 913 000 hectares d’aires protégées et à promouvoir des pratiques durables sur 5 000 hectares de paysages environnants. Il renforcera également la surveillance écologique, la gouvernance participative et les moyens de subsistance locaux. Environ 2 000 personnes, dont 1 500 femmes, devraient en bénéficier directement.

Il est important de noter que le projet place les communautés au centre des efforts de conservation, reconnaissant que la protection durable des valeurs du patrimoine mondial dépend du lien entre, d’une part, la conservation de la biodiversité et, d’autre part, les opportunités économiques et le développement social.

Sauver les espèces menacées de l’Afrique de l’Ouest

L’UICN soutient également la conservation spécifique à chaque espèce via le programme Sauver nos espèces (Save Our Species – SOS), ainsi qu’à travers  la Commission de Sauvegarde des Espèces (CSE) de l’UICN et des évaluations régulières des espèces pour la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN.

Un projet soutenu par SOS, mis en œuvre par la Zoological Society of London (ZSL), se concentre sur la conservation des lycaons  à Niokolo-Koba. Le parc abrite la dernière population sauvage restante de cette espèce en Afrique de l’Ouest, ce qui rend sa survie d’importance mondiale. Le projet utilise des techniques innovantes, notamment le piège photographique, l’analyse génétique à partir d’échantillons des matières fécales et potentiellement le suivi par GPS afin de mieux comprendre la répartition des lycaons et les menaces qui pèsent sur eux. Les informations recueillies alimentent un Plan d’action national destiné à assurer l’avenir de l’espèce au Sénégal. Le projet comprend également des activités de sensibilisation communautaire et des efforts pour lutter contre des menaces telles que les maladies, la dégradation de l’habitat et les conflits homme-faune. 

En 2016, l’UICN a classé le chimpanzé de l’Ouest (Pan troglodytes verus) du statut de « En danger » à celui de « En danger critique d’extinction » sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN, reflétant la situation de conservation de plus en plus précaire de cette sous-espèce. La Section Grands Singes du Groupe des Spécialistes des Primates de la CSE/UICN soutient le rétablissement de cette espèce, notamment à travers un plan d’action régional 2020-2030, la base de données A.P.E.S., et en tant que partenaire d’un projet conduit par l’Initiative  Darwin UK de la Société Zoologique de Londres, qui vise à reconstruire Niokolo-Koba en en éliminant les pièges,, en diversifiant les moyens de subsistance des populations locales et en renforçant les capacités vétérinaires à lutter contre la rage et à faire face à la présence des pièges. En 2024, 178 nids de chimpanzés ont été enregistrés dans le parc, avec environ 40 adultes connus. 

Travailler ensemble pour une réussite du patrimoine mondial

L’histoire de Niokolo-Koba démontre à quel point une conservation efficace dépend de partenariats à long terme. À travers l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN, BIOPAMA, Save Our Species, PICVERT et la nouvelle initiative FEM-8 récemment approuvé, l’UICN contribue à rassembler la science, la gestion, la restauration, la conservation des espèces et l’engagement communautaire dans une approche cohérente. Bien que des défis majeurs subsistent, les récents avancées dans le rétablissement progressif  de la faune et le renforcement des systèmes de gestion montrent que des progrès sont possibles. En soutenant le Sénégal et ses partenaires pour protéger ce paysage remarquable, l’UICN contribue à garantir que Niokolo-Koba reste un bastion de la biodiversité et une source de fierté pour les générations futures en Afrique de l’Ouest et au-delà.

iucn.org